Khalida Boufedeche au perchoir, l'arbre qui cache la forêt d'une APN en crise de légitimité
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Dernière mise à jour : il y a 9 heures

L'élection de Khalida Boufedeche à la tête de l'APN a déclenché une avalanche de commentaires sur ce que la dixième législature représente. Presque rien sur ce qu'elle devra faire. L'ordre des questions mérite d'être remis à l'endroit.
Dans l'hémicycle Zighoud-Youcef, ce mardi 28 octobre, 302 bulletins ont porté Khalida Boufedeche, députée FLN d'Alger, à la présidence de l'Assemblée populaire nationale. Une première depuis 1962. Médecin allergologue, passée par l'assemblée communale de Bordj El Bahri puis par l'APW d'Alger, elle succède à Brahim Boughali et devient, protocole oblige, l'un des tout premiers personnages de l'État. Les deux candidats qui lui faisaient face, Amine Allouche pour le MSP et Rachid Hassani pour le RCD, ont recueilli ensemble une soixantaine de voix.
Depuis, le commentaire tourne en boucle. On dissèque le profil des 407 élus, on compte les diplômés, on compte les moins de trente ans, on compte les femmes. On célèbre le symbole. Et le symbole existe, personne ne le conteste. Dans un hémicycle où les femmes occupent moins de trente sièges, à peine 6 % du total, voir l'une d'elles s'installer au perchoir n'est pas un détail d'histoire parlementaire. Mais c'est précisément là que la charrue passe devant les bœufs.
Car on discute de la composition d'une assemblée comme on commenterait la photo de classe d'une école dont on ne sait pas encore si elle dispense des cours. La question posée à la dixième législature n'est pas de savoir à quoi elle ressemble. Elle est de savoir à quoi elle servira.
Le point de départ est connu. Le 2 juillet, la participation s'est établie à 20,79 % selon le décompte provisoire de l'ANIE, sous le plancher de 23 % atteint en 2021, qui constituait déjà un plus bas. Quatre électeurs sur cinq sont restés chez eux. Le scrutin s'était en outre tenu après l'invalidation d'environ un tiers des listes, que plusieurs partis avaient dénoncée. Aucune arithmétique de genre, d'âge ou de diplôme ne comble un déficit de cette nature. La sociologie d'un hémicycle ne lui a jamais tenu lieu de mandat.
Ce qui pourrait en tenir lieu, en revanche, la nouvelle présidente l'a elle-même énoncé le jour de son installation. L'APN, a-t-elle rappelé, est l'institution où s'exprime la volonté populaire à travers la législation, le contrôle et l'évaluation des politiques publiques. Trois verbes. Légiférer, contrôler, évaluer. Sur les deux derniers, les législatures précédentes ont laissé un souvenir discret. Les commissions d'enquête se comptent sur les doigts d'une main, les questions orales restent sans suite, et les lois de règlement, qui permettent en principe de vérifier ce que l'exécutif a réellement fait des budgets votés, arrivent avec des années de retard quand elles arrivent.
Le premier test ne se fera d'ailleurs pas attendre. À l'automne, le projet de loi de finances 2027 atterrira sur le bureau de la présidente. Un texte lourd, dans un pays où le déficit budgétaire s'est installé à des niveaux que la rente hydrocarbures, même regonflée par la conjoncture, ne suffit plus à absorber. C'est sur ce texte, sur la qualité de son examen, sur la capacité des députés à amender autre chose que des virgules, que la dixième législature commencera ou non à exister.
Khaled ROUABAH