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L'AFP sur ses journalistes à Gaza : “Nous refusons de les voir mourir”

  • cfda47
  • 21 juil. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 juil. 2025

©The New York Times
©The New York Times

L'AFP lance un appel de détresse pour ses derniers journalistes à Gaza. Affamés, épuisés, ils risquent de mourir avant d'être secourus.


À chaque fois que je quitte la tente pour couvrir un événement, réaliser une interview ou documenter un fait, je ne sais pas si je reviendrai vivante”, témoigne Ahlam, journaliste de l'AFP qui survit dans le sud de l'enclave. Cette angoisse permanente résume la réalité quotidienne des derniers reporters présents à Gaza.


Ces voix de détresse poussent l'AFP à briser le silence. “Nous refusons de les voir mourir”, déclare l'agence française dans un communiqué publié ce lundi 21 juillet 2025. Après dix mois de guerre, elle ne compte plus que sur une poignée de journalistes pour couvrir la bande de Gaza : une piste texte, trois photographes et six pigistes vidéo.


Depuis le départ de ses journalistes staff début 2024, l'AFP dépend entièrement de ces correspondants locaux pour informer le monde. La presse internationale reste interdite d'accès depuis près de deux ans dans ce territoire désormais quasi hermétique.


Le cas de Bashar, photographe pigiste de 30 ans, illustre cette détresse. Collaborateur de l'AFP depuis 2010, d'abord comme fixeur puis photographe principal depuis 2024, il a posté samedi 19 juillet un message désespéré sur Facebook : “Je n'ai plus la force de travailler pour les médias. Mon corps est maigre et je ne peux plus travailler.”


Bashar survit dans des conditions épouvantables, “égales à celles de tous les Gazaouis”, précise l'AFP. Il se déplace d'un camp de réfugiés à un autre au gré des bombardements israéliens. Dimanche matin, il rapportait que son frère aîné était “tombé, à cause de la faim”.


Les difficultés matérielles aggravent cette détresse humaine. Malgré leur salaire mensuel de l'AFP, “il n'y a rien à acheter ou alors à des prix totalement exorbitants”, explique l'agence. Le système bancaire s'est effondré. Ceux qui pratiquent le change entre comptes bancaires en ligne et argent liquide prélèvent une commission de près de 40%.


L'AFP ne dispose plus de véhicule ni d'essence pour permettre à ses journalistes de se déplacer. Circuler en voiture équivaut à prendre le risque d'être une cible pour l'aviation israélienne. Les reporters se déplacent donc à pied ou en charrette tirée par un âne. L'hygiène constitue un problème permanent, avec des périodes de maladies intestinales sévères.


“Le plus gros problème, c'est le manque de nourriture et d'eau”, confirme Ahlam. L'agence observe l'épuisement progressif de ses équipes : “Nous voyons leur situation empirer. Ils sont jeunes et leur force les quitte. La plupart n'ont plus la capacité physique de parcourir l'enclave pour faire leur métier.”


Les messages reçus par l'AFP révèlent une détresse croissante. “Nous avons compris de leurs brefs messages que leur vie ne tenait plus à grand-chose et que leur courage, consacré depuis de longs mois à informer le monde entier, ne les aidera pas à survivre.”


Dimanche, Bashar écrivait : “Pour la première fois, me suis vaincu. Je souhaiterais que M. Macron puisse m'aider à sortir de cet enfer”. Mais Ahlam refuse d'abandonner : “J'essaie de continuer à exercer mon métier, à porter la voix des gens, à documenter la vérité face à toutes les tentatives pour la faire taire. Ici, résister n'est pas un choix : c'est une nécessité.”


Depuis sa création en août 1944, l'AFP a perdu des journalistes dans des conflits et a vu des blessés et des prisonniers dans ses rangs. “Mais aucun de nous n'a le souvenir d'avoir vu un collaborateur mourir de faim”, conclut l'agence.


 

Sophie K.

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