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L’Algérie face à son vieux démon : la corruption systémique

  • il y a 6 minutes
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Les scandales qui dominent l’actualité algérienne cette semaine — détournements massifs dans le secteur de l’eau, falsification de documents officiels, surfacturations et saisies de stupéfiants — ne sont pas des accidents isolés. Ils s’inscrivent dans une continuité historique largement documentée par les chercheurs et les organisations internationales : la corruption en Algérie est structurelle, systémique et intimement liée à la nature du pouvoir depuis 1962. Les affaires révélées ces derniers jours ne font que confirmer la persistance d’un mode de gestion où l’opacité, l’absence de contre‑pouvoirs et la centralisation extrême favorisent les dérives.


Selon le politologue Mohammed Hachemaoui, la corruption en Algérie n’est « ni accidentelle ni sectorielle », mais constitue un mode de gouvernance installé dès l’indépendance, lorsque le FLN devient parti unique et concentre l’ensemble des leviers de décision. L’État post‑colonial, inspiré du « socialisme arabe », place alors l’économie sous contrôle politique. Les hydrocarbures, rapidement devenus la principale source de revenus du pays, représentent plus de 90 % des recettes d’exportation. Ce secteur stratégique, opaque par nature, devient le cœur d’un système de redistribution clientéliste où les allégeances politiques priment sur les règles économiques.


Les décennies suivantes renforcent cette dynamique. Les années 1990, marquées par la guerre civile, voient l’extension de réseaux parallèles au sein de l’armée et des services de sécurité. La violence, l’état d’urgence et l’absence de contrôle démocratique favorisent l’essor d’une économie informelle et de circuits de corruption profondément enracinés. Dans les années 2000 et 2010, plusieurs affaires éclatent, notamment autour de Sonatrach, révélant l’ampleur des détournements dans les secteurs pétrolier, des infrastructures et des marchés publics. Les surfacturations, commissions occultes et détournements de fonds deviennent des pratiques récurrentes, souvent révélées par la presse internationale ou par des enquêtes judiciaires menées à l’étranger.


Les indicateurs internationaux confirment cette tendance. Selon l’Indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, l’Algérie obtient un score de 34/100 et se classe 107ᵉ sur 180 pays. Le rapport souligne le manque d’indépendance de la justice, l’opacité dans la gestion des revenus pétroliers et l’instrumentalisation politique de certaines affaires. Ces éléments contribuent à maintenir un climat de défiance généralisée, où les scandales se succèdent sans que les mécanismes institutionnels ne parviennent à enrayer durablement les pratiques illicites.


L’actualité de la semaine illustre cette continuité. Les affaires révélées touchent des secteurs vitaux — eau, énergie, finances, sécurité — et affectent directement la vie quotidienne des citoyens. Elles rappellent que la corruption n’est pas seulement un phénomène économique ou administratif, mais un élément structurant du système politique. Depuis 1962, le double monopole militaire et partisan a concentré les leviers économiques et institutionnels, créant un environnement où la corruption est non seulement tolérée, mais parfois nécessaire au maintien des équilibres internes.


Plus de soixante ans après l’indépendance, le constat demeure inchangé : la corruption en Algérie n’est pas un dysfonctionnement ponctuel, mais un pilier du fonctionnement de l’État. Tant que les institutions resteront dépourvues de contre‑pouvoirs effectifs, de transparence et d’indépendance judiciaire, les scandales continueront de se multiplier, sans remettre en cause les structures profondes qui les produisent.


Lila M


 
 
 
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