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Entre irrégularités éditoriales et saisie policière : la mise au point « incomplète » de Fatma Oussedik

  • il y a 7 heures
  • 3 min de lecture
©Page Facebook Fatma Oussedik
©Page Facebook Fatma Oussedik

Une semaine après l’intervention policière à la librairie des Beaux-Arts, la sociologue prend ses distances avec les irrégularités éditoriales qui ont fourni aux autorités le prétexte réglementaire de la saisie.


Fatma Oussedik a appris, “en même temps que le grand public”, que “l’ISBN figurant sur ses ouvrages n’était pas conforme, que le dépôt légal n’avait pas été effectué, que le titre déposé était tronqué”. Elle dit avoir découvert avec “regret et étonnement” que l’ouvrage figurait sur Amazon sans qu’elle en ait été préalablement informée. “J’ai simplement, comme le font tous les auteurs, remis mon ouvrage à mon éditeur”, écrit-elle dans un texte publié sur sa page Facebook. Les péripéties entourant la sortie du livre, ajoute-t-elle, “sont indépendantes de ma volonté”. Le nom des éditions Koukou n’est pas prononcé.


Le contexte dans lequel s’inscrit cette mise au point est connu. Le 18 avril dernier à 16h40, des policiers en civil étaient entrés à la librairie des Beaux-Arts, rue Didouche Mourad à Alger, pour saisir les exemplaires de l’ouvrage et ordonner la fermeture de l’établissement pour un mois. La présentation-dédicace prévue à 14h avait déjà été annulée sous la pression d’agents en civil et de fonctionnaires ayant exigé l’annulation quelques jours avant la rencontre. Le livre, intitulé “Les identités rebelles, repenser sa propre histoire”, s’appuie sur des recherches menées dans la vallée du M’zab et aborde les identités collectives, le féminisme et les dynamiques sociales.


La justification réglementaire avancée par les autorités a immédiatement alimenté la polémique. La Bibliothèque nationale d’Algérie avait signalé “deux irrégularités majeures”, à savoir “l’absence de dépôt physique des exemplaires après tirage et l’usage d’un numéro ISBN déjà attribué à un autre titre de la même maison d’édition en 2022”. Les éditions Koukou avaient contesté, affirmant que l’ouvrage avait bien été enregistré le 24 juillet 2025 sous le numéro 978-9931-315-80-3, et que l’erreur sur la couverture résultait d’une faute d’infographie sur un premier tirage de cent exemplaires, le code d’un précédent ouvrage de l’auteure ayant été repris par inadvertance. L’éditeur précisait avoir adressé au ministère de la Culture, dès le jeudi soir précédant la saisie, le PDF du livre et de la couverture en signalant cette erreur et en s’engageant à la corriger sur les tirages ultérieurs.


Le différend entre l’éditeur et la Bibliothèque nationale s’est partiellement résolu dans les jours suivants. La librairie des Beaux-Arts a rouvert ses portes, le nouveau tirage avec l’ISBN corrigé étant disponible en librairie, et le dépôt légal ayant entre-temps été effectué. Koukou Éditions notait toutefois qu’il restait à “rétablir la professeure Fatma Oussedik dans son droit à rencontrer ses lecteurs”.


C’est dans cet enchaînement que le communiqué de la sociologue prend son sens. En détaillant point par point ce qu’elle a appris après coup — l’ISBN, le dépôt légal, le titre tronqué, Amazon — Oussedik établit publiquement que les irrégularités qui ont fourni aux autorités leur argument réglementaire lui sont étrangères. Mais son texte laisse de côté un élément central : l’intervention policière elle-même. Elle présente les événements comme une succession de dysfonctionnements éditoriaux, alors que la police a interrompu la séance de dédicace, saisi les exemplaires et demandé la restitution des livres déjà vendus. Ce n’était ni un incident technique ni une péripétie, mais un acte d’interdiction. En ne l’évoquant pas, sa mise au point donne l’impression de minimiser un fait pourtant déterminant dans la compréhension de l’affaire.


Elle remercie la ministre de la Culture de l’avoir reçue, mentionne les offres de publication à l’étranger qu’elle a refusées. “J’ai toujours tenu à être éditée en Algérie”, affirme-t-elle et récuse tout agenda politique. Et d’ajouter : “Je suis une universitaire. Je n’ai que des agendas scientifiques”.


Elle conclut en invoquant la loi. “Il est de ma responsabilité d’œuvrer à ce que cet ouvrage soit, selon la loi, disponible pour mes étudiants et mes lecteurs dans un délai raisonnable”, écrit-elle. Une formulation qui, en renvoyant à la légalité, rappelle à son éditeur l’étendue de ses obligations.


Sophie K.  


 
 
 

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