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L'Algérie rouvre brièvement la frontière de Colonel Lotfi pour rapatrier 22 migrants marocains

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L’Algérie a brièvement levé le rideau de fer qui sépare les deux pays depuis trente ans pour permettre le rapatriement de 22 ressortissants marocains en situation irrégulière. Un geste strictement humanitaire, qui ne saurait être interprété comme un signal d'apaisement.  


C'est un passage qui n'existe plus officiellement depuis 1994. Le poste-frontière de Colonel Lotfi, à l'ouest de l'Algérie, a pourtant été brièvement rouvert ces derniers jours pour laisser passer vingt-deux Marocains, dont deux femmes, en situation irrégulière, vers leur pays d'origine. Une opération discrète, rapportée par plusieurs médias marocains, qui illustre la nature paradoxale des relations entre Alger et Rabat : des voisins que tout sépare, sauf, parfois, l'urgence humanitaire.  


Ce n'est pas la première fois que l’Algérie consent à un tel geste. En décembre dernier, un précédent similaire avait déjà permis le rapatriement de migrants marocains par ce même couloir symboliquement fermé. Une répétition qui, pour autant, ne dessine aucune tendance vers une normalisation.  


Pour comprendre le poids de ces quelques heures d'ouverture, il faut rappeler l'épaisseur du mur qui sépare les deux pays. La frontière terrestre algéro-marocaine est fermée depuis août 1994, à la suite d'un attentat terroriste à Marrakech dont Rabat avait, à tort, imputé la responsabilité aux services algériens. Depuis lors, les tentatives de réconciliation ont toutes achoppé sur des contentieux profonds : le dossier du Sahara occidental, les rivalités d'influence au Sahel, les soupçons mutuels en matière sécuritaire.  


La rupture des relations diplomatiques, actée par Alger en août 2021, a encore accentué l'isolement entre les deux capitales. L'Algérie avait alors fermé son espace aérien aux appareils marocains, coupant l'un des derniers liens directs entre les deux pays. Depuis, les relations oscillent entre gel et crispation, sans que le moindre canal de dialogue officiel ne soit rétabli.  


Une exception strictement balisée  


Dans ce contexte, la réouverture temporaire du passage de Colonel Lotfi revêt une signification particulière, sans pour autant en avoir une portée politique. Les autorités algériennes ont pris soin de circonscrire le geste à sa seule dimension humanitaire, celui de permettre le retour légal et sécurisé de migrants en situation précaire sur le sol algérien, sans qu'aucune contrepartie diplomatique ne soit envisagée.  


Aucun émissaire, aucune déclaration conjointe, aucun signal vers Rabat. L'opération s'est déroulée dans la discrétion la plus complète du côté algérien, laissant aux médias marocains le soin d'en informer l'opinion publique. Alger maintient ainsi une posture cohérente : ne rien concéder sur le fond, mais répondre ponctuellement aux impératifs humanitaires que la fermeture des frontières rend inévitables.  


Car au-delà des frictions d'État à État, ce sont les populations qui paient le prix de trois décennies de fermeture. Des familles séparées, des flux migratoires contraints à emprunter des routes clandestines et dangereuses, des échanges commerciaux réduits à néant entre deux économies qui auraient, dans d'autres circonstances, tout à gagner à coopérer. L'Union du Maghreb arabe, fondée en 1989 avec l'ambition d'un marché commun de 100 millions d'habitants, n'est plus qu'une coquille vide.  


Le rapatriement de ces vingt-deux Marocains ne changera rien à cette réalité. Mais il rappelle, en creux, ce que coûte l'enlisement diplomatique, et ce que pourrait valoir, un jour, sa résolution.  


Amine B.  

 
 
 

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