Trente-sept mois de silence : ce que révèle l’affaire Chérif Mellal
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Trente-sept mois après son incarcération, le dossier de Chérif Mellal continue de susciter de vives interrogations. L’avocate Fetta Sadat a relancé le débat en dénonçant un « silence judiciaire » qui, selon elle, dépasse largement le cadre d’un simple retard procédural. Son constat est simple : le pourvoi en cassation de l’ancien président de la JS Kabylie n’a toujours pas été examiné, alors qu’il s’agit du dernier recours censé garantir la conformité de la condamnation avec le droit.
Le texte publié par Maître Fetta Sadat résonne comme un constat implacable : cela fait trente‑sept mois, soit 1122 jours, que Chérif Mellal est privé de liberté alors que son pourvoi en cassation n’a toujours pas été examiné. Ce délai n’a plus rien d’un simple retard procédural. Il devient un silence. Et ce silence, parce qu’il touche à la liberté d’un homme, devient un acte politique.
Ce délai exceptionnel, dans un dossier où la liberté d’un homme est en jeu, interroge. Une situation qui alimente l’idée d’un traitement judiciaire inhabituel, voire d’un blocage assumé.
La cassation n’est pas un détail technique dans un système judiciaire crédible. Elle représente la dernière garantie contre l’erreur, l’arbitraire ou la mauvaise application de la loi. Lorsqu’elle tarde, c’est la garantie elle-même qui s’effrite. Dans l’affaire Mellal, cette lenteur prend une dimension encore plus troublante : les plaintes déposées pour contester certains éléments ayant fondé sa condamnation ont été classées sans suite, sans débat contradictoire, sans clarification publique. Une justice qui ne s’explique pas laisse la place au doute, et le doute nourrit l’idée que le temps peut être utilisé comme un instrument.
La personnalité de Chérif Mellal ajoute une dimension particulière à l’affaire. Ancien dirigeant d’un club emblématique, figure médiatique connue pour ses prises de position tranchées, il n’a jamais hésité à critiquer ouvertement certaines pratiques institutionnelles. Pour ses soutiens, cette attitude lui vaut aujourd’hui un acharnement judiciaire. Pour d’autres, son dossier reste un contentieux pénal comme un autre. Mais le contraste entre la durée de sa détention et l’absence d’avancée procédurale nourrit les soupçons.
Dans les milieux juridiques, un tel délai pour examiner un pourvoi est rare, surtout lorsque la personne concernée est incarcérée. La cassation, en principe, doit intervenir rapidement afin d’éviter qu’une peine ne soit purgée avant même d’être définitivement validée. Dans le cas Mellal, c’est précisément ce qui se produit : une peine s’exécute alors que la justice n’a pas encore dit son dernier mot.
Cette situation soulève une question centrale : la lenteur judiciaire peut-elle devenir un instrument politique ? Pour Maître Sadat, la réponse est claire. Le temps, lorsqu’il prive un homme de liberté sans décision définitive, cesse d’être neutre. Il devient un message. Et dans un contexte où Mellal est perçu comme une voix critique, ce message prend une portée particulière.
Au-delà du cas individuel, l’affaire Mellal met à l’épreuve la confiance dans les institutions. Elle interroge la capacité de la justice à agir avec transparence, rigueur et célérité. Elle interroge aussi la perception publique d’un système qui, lorsqu’il se tait trop longtemps, laisse la place aux interprétations les plus lourdes.
L’appel lancé par Fetta Sadat est sans ambiguïté : la plus haute juridiction doit se prononcer. Non pour clore une polémique, mais pour réaffirmer un principe fondamental de l’État de droit : la liberté ne peut dépendre de la durée d’un silence judiciaire. Tant que la cassation ne s’est pas exprimée, l’affaire Mellal restera un symbole, celui d’un dossier où le temps lui-même est devenu un acteur.
Yacine M



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