Restaurants « rahma » : entre charité et zones d’ombre
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Avec l’arrivée de Ramadan, apparaissent dans les villes et villages d’Algérie des restaurants Rahma. Appelés « restauration pour les passagers » ou « iftar pour les jeûneurs », ces lieux sont devenus au fil du temps un vrai phénomène de société. Gérés par le Croissant-Rouge algérien (CRA), par des associations ou tout simplement par des citoyens, ces endroits permettent à des Algériens, pauvres ou de passage, de rompre le jeûne.
Ces soupes populaires version algérienne, initialement de petite taille et en nombre limités deviennent, avec le temps, inévitables dans le paysage algérien, s’étendant même au-delà des centres urbains pour gagner des contrées plus éloignées ; sur des aires d’autoroute, dans des villages ou gares routières. Ces endroits sont même passés de stade artisanal à niveau plus professionnel et gagnent en superficie. L’essentiel est que, pour un passager ou un travailleur sans famille, manger un repas chaud après une dure journée de jeûne est accessible sans devoir débourser de l’argent.
Mais derrière cette solidarité apparente -et nécessaire- se cachent deux phénomènes importants : le premier est lié à la pauvreté de plus en plus prégnante qui pousse des familles entières à recourir au restaurants rahma pour bien manger, et le second est relatif aux origines de certains fonds qui permettent à ces restaurants de fonctionner.
En effet, recourir à ces soupes populaires est une planche de salut pour de nombreuses familles algériennes. Confrontées à une hausse des prix de certains produits, notamment durant le ramadhan, certaines familles à revenus faibles n’ont pas trop de choix que de chercher des alternatives. En plus d’aller rompre le jeûne sur place, certains préfèrent la discrétion en ramenant carrément des plats à la maison. Il n’est pas rare d’ailleurs de voir des citoyens sortir de ces établissements avec des marmites et boites pleines de nourriture.
Il est vrai que des efforts importants ont été fournis par les autorités publiques pour soutenir les produits de première nécessité et certains services comme les transports et la santé. Selon des données de la Banque mondiale et d’autres structures internationales, la grande pauvreté a reculé en Algérie ces dernières décennies. Mais les salaires faibles et le chômage qui reste élevé ne permettent pas à beaucoup d’Algériens de vivre décemment. Surtout que durant le mois de Ramadan, les habitudes alimentaires changent et les jeûneurs consomment davantage de viandes, de fruits et des légumes, dont les prix ne sont pas toujours accessibles au grand nombre.
Au-delà de cet aspect social, ces restaurants Rahma -du moins une partie d’entre eux- posent la question de leurs financements. Si l’utilisation de l’aumône légale (la zakât) est fortement sollicitée durant ce mois, certains fortunés, souvent de grands commerçants qui ne déclarent ni leurs chiffres d’affaires ni encore moins leurs employés à la sécurité sociale, trouvent dans ces œuvres de charité une manière de se repentir ou, au pire, de blanchir leur argent. Certes, c’est un moindre mal, mais cela peut permettre à l’Etat de chercher l’origine des fonds de certains et limiter ainsi l’impact du marché informel.
A cela s’ajoute une limite inexplicable : cette charité abondante s’arrête bizarrement au mois de Ramadhan, remettant ainsi les familles nécessiteuses à leur triste réalité. Mais, ça, c’est un autre sujet !
Essaïd Wakli