L’ONG MENA Rights Group alerte sur le “cas emblématique” de Mohamed Tadjadit
- cfda47
- il y a 2 jours
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Dans une analyse approfondie publiée récemment, l’ONG MENA Rights Group tire la sonnette d’alarme sur la situation de Mohamed Tadjadit, poète populaire du Hirak et figure emblématique de la jeunesse contestataire. Pour l’organisation, l’enchaînement des poursuites visant le jeune militant depuis 2019 révèle une stratégie systémique de criminalisation de l’expression pacifique en Algérie.
Alors que la répression du Hirak continue de marquer le paysage politique algérien, le cas de Mohamed Tadjadit s’impose comme l’un des symboles les plus frappants de la dérive judiciaire observée ces dernières années. Poète engagé et voix influente du mouvement, il fait l’objet depuis 2019 d’une succession d’arrestations et de poursuites qui interrogent sur l’usage du droit pénal pour faire taire la contestation. C’est dans ce contexte que l’ONG MENA Rights Group publie une analyse alarmante, pointant une stratégie délibérée de criminalisation de l’expression pacifique.
Un “harcèlement judiciaire” devenu structurel
Selon MENA Rights Group, les multiples arrestations de Tadjadit — plus d’une dizaine en six ans — ne relèvent pas de faits isolés. L’ONG y voit un schéma répressif cohérent, marqué par des interpellations répétées, des placements en détention provisoire quasi automatiques, des procès successifs et une surveillance policière constante.
Cette mécanique, estime l’organisation, vise à épuiser les militants et à dissuader toute expression critique.
Des accusations “vagues” utilisées comme outils politiques
L’ONG dénonce l’usage récurrent d’articles du Code pénal aux formulations “floues” permettant une interprétation extensible. Parmi eux : l’article 96 sur les “publications nuisibles à l’intérêt national”, l’article 79 sur “l’atteinte à l’intégrité du territoire”, l’article 100 sur “l’incitation à attroupement non armé” et, plus récemment, les articles 87 bis relatifs au terrorisme.
Pour MENA Rights Group, ces dispositions servent de fondement juridique à une répression ciblée, transformant des actes d’expression pacifique en infractions pénales.
La dérive sécuritaire : le tournant des accusations de terrorisme
L’ONG s’inquiète particulièrement de l’évolution du dossier depuis 2021, marquée par l’introduction d’accusations d’“apologie du terrorisme” ou de “soutien à des organisations terroristes”. Ces poursuites reposent notamment sur des conversations privées datant d’avant la classification du mouvement Rachad comme organisation terroriste.
Pour MENA Rights Group, cette utilisation rétroactive de la loi constitue une violation manifeste des garanties fondamentales et un signal inquiétant quant à l’élargissement du champ du “terrorisme” à des activités non violentes.
La dénonciation des abus retournée contre les lanceurs d’alerte
L’affaire de la vidéo d’un mineur affirmant avoir subi des mauvais traitements en garde à vue constitue un autre point de tension. Tadjadit, qui avait relayé ce témoignage en 2021, fait désormais face à des charges criminelles lourdes, dont “attentat et complot contre l’autorité de l’État”, passibles de la peine capitale.
Pour l’ONG, cette requalification spectaculaire illustre une volonté de punir ceux qui exposent les abus plutôt que d’enquêter sur les allégations de mauvais traitements.
Des violations répétées du droit à un procès équitable
MENA Rights Group relève également des interrogatoires sans avocat, des détentions prolongées, des comparutions immédiates et l’utilisation de preuves contestables, comme des captures d’écran de conversations privées.
Ces pratiques contreviennent, selon l’organisation, aux obligations internationales de l’Algérie, notamment au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Une affaire devenue symbole
Pour MENA Rights Group, le cas de Mohamed Tadjadit dépasse largement son parcours individuel. Il incarne la répression du Hirak, la criminalisation de la dissidence et l’usage abusif du droit pénal pour museler les voix critiques.
L’ONG a saisi plusieurs mécanismes onusiens, dont le Groupe de travail sur la détention arbitraire, qui a déjà qualifié certaines de ses détentions d’“arbitraires”.
À l’approche de son procès criminel prévu en mars 2026, l’organisation appelle la communauté internationale à suivre de près l’évolution du dossier, estimant que l’issue de cette affaire pourrait constituer un test majeur pour l’État de droit en Algérie.
Yacine M



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