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Le CPJ appelle à l’annulation de la condamnation d’Abdelkrim Zeghileche

  • il y a 3 minutes
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La déclaration publiée le 25 mai 2026 par le Committee to Protect Journalists (CPJ) en soutien à Abdelkrim Zeghileche est passée totalement sous silence dans les médias algériens, un silence révélateur de l’état du paysage médiatique national. Dans ce communiqué signé par Sara Qudah, directrice régionale Moyen‑Orient et Afrique du Nord, l’organisation appelle les autorités à annuler la condamnation prononcée le 19 mai contre le journaliste indépendant et à abandonner toutes les poursuites engagées contre lui pour une publication Facebook plaidant pour un cadre juridique protégeant les victimes de la répression politique. Pour le CPJ, rien dans ce message ne relève du « discours de haine » invoqué par le parquet, mais tout d’un exercice légitime de la liberté d’expression. Pourtant, cette prise de position internationale n’a été reprise par aucun organe de presse algérien, qu’il soit public ou privé, confirmant la fermeture progressive de l’espace médiatique depuis plusieurs années.



Cette absence totale de couverture contraste avec l’importance du dossier Zeghileche, devenu emblématique de la criminalisation de la parole critique en Algérie. Condamné à six mois de prison ferme dans cette affaire, le journaliste reste sous la menace d’une incarcération immédiate. Le CPJ rappelle qu’il fait l’objet de poursuites répétées depuis 2018, notamment pour l’exploitation de sa radio en ligne Sarbacane sans autorisation, puis pour des publications critiques envers le président de la République. L’organisation souligne que ces procédures successives traduisent un usage extensif et politiquement orienté des dispositions pénales liées à l’expression publique. Mais dans un paysage médiatique verrouillé, où les rédactions évitent tout sujet susceptible de déplaire au pouvoir, ces éléments n’ont trouvé aucun écho.


La déclaration du CPJ intervient alors que plusieurs ONG internationales ont récemment alerté sur la dégradation des libertés en Algérie. En mars, la FIDH dénonçait un « acharnement judiciaire » contre Zeghileche, évoquant un calendrier d’audiences si resserré qu’il compromettait les droits de la défense. Amnesty International a rappelé que les lois sur la cybercriminalité et la lutte contre la haine sont régulièrement mobilisées pour poursuivre des journalistes, des militants et des internautes pour des opinions pacifiques. Là encore, ces alertes n’ont été relayées que par la presse étrangère et les médias de la diaspora, tandis que les médias algériens se sont contentés de couvrir l’actualité institutionnelle et les activités gouvernementales.


Au‑delà du cas individuel, la déclaration du 25 mai met en lumière une tendance plus large : la judiciarisation de la critique politique sur les réseaux sociaux et la disparition progressive de tout contre‑pouvoir médiatique interne. Le CPJ insiste sur le caractère pacifique du message incriminé et sur l’absence de tout élément pouvant justifier une qualification pénale. En rappelant que la liberté d’expression s’applique pleinement aux plateformes numériques, l’organisation vise également les mécanismes législatifs qui permettent de poursuivre des opinions au nom de la protection de l’ordre public. Cette dimension structurelle donne à la déclaration une portée qui dépasse largement le seul dossier Zeghileche.


Le silence des médias algériens face à cet appel international n’est pas anodin. Il illustre un système médiatique où l’autocensure est devenue la norme, où les sujets sensibles sont évités, et où les affaires judiciaires impliquant des journalistes critiques sont traitées comme inexistantes. En ne relayant pas la prise de position du CPJ, les médias algériens confirment malgré eux la pertinence du diagnostic posé par les ONG : l’espace public est désormais si étroit que même les alertes internationales les plus explicites ne trouvent plus de relais internes. Le cas Zeghileche, devenu au fil des années un baromètre de l’état des libertés, retrouve ainsi une visibilité internationale que le paysage médiatique national refuse désormais d’assumer.


Nadia B

 
 
 

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