Le film « The Arab » bloqué à Annaba : l’ombre de Kamel Daoud plane sur la décision
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Le film The Arab, premier long métrage de fiction de Malek Bensmaïl, devait marquer un tournant dans le paysage cinématographique algérien. Inspiré librement du roman Meursault, contre‑enquête de Kamel Daoud, il s’inscrit dans une démarche rare : revisiter l’héritage camusien en redonnant une voix à celui que L’Étranger avait réduit à une silhouette anonyme, « l’Arabe ». Pourtant, alors que le film circulait déjà dans plusieurs festivals internationaux et que sa projection à Annaba était annoncée, il a été déprogrammé à la dernière minute, sans explication publique. Une décision qui relance les interrogations sur la censure culturelle en Algérie et sur la sensibilité politique entourant l’œuvre de Daoud.
Dans The Arab, Bensmaïl reprend le geste littéraire de Daoud : nommer Moussa, restituer son histoire, et donner à son frère Haroun une voix qui interroge autant la mémoire coloniale que les fractures de l’Algérie indépendante. Le film, tourné en partie dans l’atmosphère lourde des années 1990, mêle fiction, enquête journalistique et introspection historique. Il explore la manière dont un meurtre colonial continue de résonner dans une société qui peine à affronter ses propres silences. Cette approche, fidèle à la sensibilité documentaire du réalisateur, fait du film un objet hybride, à la fois adaptation, réflexion politique et geste mémoriel.
À l’étranger, le film a été accueilli avec intérêt : Pays‑Bas, Russie, États‑Unis, Australie, Belgique, Croatie, Italie. Partout, il a suscité débats et curiosité. En Algérie, en revanche, son parcours s’est heurté à un mur administratif. À Annaba, la projection était confirmée, les invitations envoyées, la communication lancée. Puis, soudainement, le film disparaît du programme. La seule justification avancée : l’absence de visa d’exploitation. Aucun communiqué, aucune explication, aucune transparence. Une méthode désormais familière dans le paysage culturel algérien, où la censure ne dit jamais son nom et se manifeste par des blocages techniques, des retards ou des décisions silencieuses.
Cette opacité nourrit naturellement les interrogations. Dans les milieux culturels, beaucoup s’interrogent sur le rôle indirect qu’aurait pu jouer la figure de Kamel Daoud. Sans être officiellement interdit, l’écrivain est régulièrement présenté comme persona non grata dans certains cercles politiques et idéologiques. Ses chroniques, ses prises de position et sa lecture critique de la société algérienne ont suscité de vives polémiques. Son succès international, souvent perçu comme une reconnaissance extérieure plus que nationale, renforce encore cette tension. Dans ce contexte, un film inspiré de son œuvre, portant sa signature intellectuelle, pouvait difficilement échapper à une censure.
Yacine M



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