Le polémiste Salim Laïbi : « la France est une dictature beaucoup plus violente que l’Algérie »
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Salim Laïbi, plus connu sous le pseudonyme LLP, a récemment affirmé que « la France est une dictature beaucoup plus violente que l’Algérie », une déclaration qui relève davantage de la provocation que de l’analyse politique. Né à Oran en 1975 et installé en France depuis de nombreuses années, Laïbi s’est fait connaître dans la sphère complotiste francophone par ses vidéos outrancières, ses attaques contre les institutions françaises et son goût prononcé pour les comparaisons approximatives. Dentiste de formation, il s’est progressivement reconverti en polémiste, multipliant les prises de position radicales et les récits conspirationnistes qui lui ont assuré une visibilité auprès d’un public anti‑système.
Sa dernière sortie s’inscrit dans cette logique. Pour justifier l’idée que la France serait une « dictature violente », il cite pêle‑mêle la limitation des paiements en liquide, la gestion du Covid, la fiscalité, la vidéosurveillance ou encore les amendes. Autant de mesures administratives ou sécuritaires qui peuvent être débattues — et qui le sont quotidiennement dans l’espace public français — mais qui ne constituent en rien des critères permettant de qualifier un régime de dictatorial. En France, ces dispositifs sont encadrés par la loi, contestables devant les tribunaux, critiqués par la presse, débattus au Parlement et surveillés par des autorités indépendantes. La liberté d’expression, même virulente, y demeure protégée.
La comparaison avec l’Algérie, que Laïbi présente comme un modèle de liberté par contraste, est d’autant plus trompeuse qu’elle ignore la réalité documentée du pays dont il est originaire. Depuis 2019, les arrestations de militants, journalistes, étudiants et simples citoyens se multiplient. Les accusations d’« apologie du terrorisme », de « propagation de fausses informations » ou d’« atteinte à l’unité nationale » sont devenues des outils de répression politique. Des publications Facebook, des slogans de manifestation ou de simples opinions critiques ont suffi à envoyer des dizaines de personnes en détention. La parole politique y est criminalisée, les associations dissoutes, les médias indépendants fragilisés, et les procès expéditifs se succèdent.
C’est là que l’ironie devient éclatante. Les propos que Salim Laïbi se permet de tenir contre la France, il ne pourrait jamais les prononcer contre Abdelmadjid Tebboune ou les services de sécurité algériens. S’il qualifiait l’Algérie de « dictature violente », s’il dénonçait publiquement le fonctionnement du régime, s’il accusait les autorités de « flicage » ou de dérive autoritaire, il serait immédiatement poursuivi. En Algérie, ce type de discours mène directement devant un juge, souvent en détention provisoire, et presque toujours sous les chefs d’inculpation fourre‑tout qui permettent de criminaliser la critique politique. La liberté dont il jouit pour insulter la France — liberté qu’il nie paradoxalement — est précisément ce qui distingue une démocratie, même imparfaite, d’un régime autoritaire.
En présentant la France comme une dictature plus violente que l’Algérie, Laïbi ne décrit pas la réalité : il la renverse. Il banalise la répression que subissent les Algériens, minimise les risques encourus par ceux qui osent critiquer leur gouvernement, et détourne l’attention des véritables enjeux de liberté dans son pays d’origine. Ses propos ne disent finalement rien de sérieux sur la France ou l’Algérie, mais beaucoup sur sa stratégie : provoquer pour exister, choquer pour attirer l’attention, et flatter un public en quête de discours anti‑système. Une posture qui, en Algérie, ne serait pas seulement polémique : elle serait pénalement réprimée.
Yacine M



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