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Les condamnations d’universitaires relancent le débat sur la liberté d’expression et les fractures identitaires

  • il y a 2 minutes
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Les récentes poursuites visant plusieurs universitaires connus pour leurs positions hostiles à l’amazighité ravivent un débat sensible en Algérie : celui de la gestion des discours identitaires dans un espace public fragilisé par l’absence de véritables contre-pouvoirs.


La condamnation du professeur Mustapha Nouicer à un an de prison ferme pour des publications remettant en cause l’amazighité, suivie du placement sous mandat de dépôt du philosophe Zine-El-Abidine Khodja pour des propos jugés racistes, a ravivé en Algérie un débat explosif sur la liberté d’expression et la gestion des discours identitaires. Ces affaires, qui rappellent le précédent du professeur Mohamed-Lamine Belghith, illustrent la manière dont certains universitaires proches du courant badissia-novembria s’opposent frontalement à la revendication amazighe, tout en posant la question de la pertinence du recours systématique à la justice pour encadrer des opinions, même controversées.


Un historien condamné pour ses publications sur Facebook


Le professeur Mustapha Nouicer, enseignant d’Histoire à l’université d’Alger, a été condamné dimanche 22 février à un an de prison ferme, sans mandat de dépôt. Il était poursuivi par le Haut-commissariat à l’Amazighité pour des publications sur Facebook dans lesquelles il remettait en cause la revendication amazighe, qu’il considère comme une construction de la colonisation française.


Connu pour ses prises de position virulentes contre tout ce qui touche à l’identité berbère du pays, Nouicer avait notamment affirmé que le drapeau amazigh n’était pas un symbole identitaire, mais « un marqueur contre l’identité arabe ». Des propos jugés provocateurs et scientifiquement infondés par de nombreux spécialistes.


Un autre universitaire placé sous mandat de dépôt


À Oran, le professeur de philosophie Zine-El-Abidine Khodja a été placé sous mandat de dépôt pour des publications à caractère raciste diffusées sur les réseaux sociaux. Bien qu’il ne soit pas encore condamné, ses partisans appellent déjà à sa libération, invoquant la liberté d’expression.


Ces deux affaires, survenues à quelques jours d’intervalle, ont relancé les interrogations sur la manière dont l’État gère les discours identitaires et les tensions qu’ils génèrent.


Un précédent : l’affaire Belghith


La situation rappelle celle du professeur Mohamed-Lamine Belghith, condamné à deux reprises pour avoir qualifié la revendication amazighe d’« idée franco-sioniste ». Il avait finalement été gracié en décembre dernier par le président Abdelmadjid Tebboune.


Ces trois universitaires appartiennent au courant dit badissia-novembria, qui se réclame d’une identité exclusivement arabe et assimile régulièrement la revendication amazighe au colonialisme. Leurs discours dépassent souvent le cadre du débat scientifique pour glisser vers l’insulte, la stigmatisation et parfois la haine raciale.


Entre liberté d’expression et dérives racistes : une ligne de crête


Si les propos tenus par ces figures de l’arabisme sont largement critiqués, leur mise en détention inquiète de nombreux défenseurs des droits humains. Pour eux, la réponse judiciaire — et surtout carcérale — n’est pas la solution.


Ils estiment que même les opinions les plus détestables doivent être combattues par le débat, la contradiction et la recherche scientifique, non par la prison. La répression, affirment-ils, ne fait que renforcer le sentiment de victimisation de ces courants idéologiques et accentuer la polarisation d’une société déjà traversée par de profondes fractures identitaires.


La judiciarisation de la parole, symptôme d’un espace public verrouillé


Dans un pays où les médias restent largement verrouillés, où les débats contradictoires sont rares et où la parole publique est étroitement surveillée, la tentation de recourir à la justice pour gérer les conflits d’idées devient un réflexe.


Pourtant, soulignent plusieurs observateurs, une société qui aspire à la maturité politique doit accepter la confrontation des visions du monde, même lorsqu’elles heurtent. La diversité identitaire de l’Algérie — amazighe, arabe, méditerranéenne, africaine — ne peut être consolidée que par la discussion, la pédagogie et la reconnaissance mutuelle, non par les tribunaux.



Essaid Wakli

 
 
 
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