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Mohamed Benchicou, une vie consacrée à la presse et à la liberté d’expression en Algérie

il y a 5 minutes
3 min de lecture

Mohamed Benchicou n’est plus. Le journaliste et écrivain algérien s’est éteint à l’âge de 74 ans, laissant derrière lui une œuvre importante et une trajectoire intimement liée à l’histoire de la presse indépendante en Algérie. À travers ses articles, ses livres et ses combats éditoriaux, il aura marqué plusieurs générations de lecteurs et de journalistes.


Belle plume, érudit et homme de presse au caractère affirmé, Mohamed Benchicou avait commencé sa carrière à El Moudjahid, avant de rejoindre Alger-Républicain. À la faveur de l’ouverture du champ médiatique à la fin des années 1980, il participe au mouvement des journalistes algériens et contribue à la relance d’Alger-Républicain, avant de prendre part, en 1991, à la création du quotidien Le Matin, aux côtés notamment de Saïd Mekbel et d’autres journalistes.


Le Matin va rapidement devenir l’un des titres francophones emblématiques de la presse indépendante algérienne. Dans une période traversée par les violences de la décennie noire, les bouleversements politiques et les tensions entre pouvoir et presse, le quotidien revendique une ligne éditoriale critique et un ton qui tranche avec celui de nombreux médias soumis aux pressions politiques et économiques.


Benchicou devient progressivement l’une des figures les plus visibles de cette presse. Ses prises de position et ses écrits consacrés au pouvoir politique lui valent une forte notoriété, mais également de nombreuses difficultés. En 2004, il publie Bouteflika : une imposture algérienne, un ouvrage particulièrement critique à l’égard du président Abdelaziz Bouteflika et de son système de pouvoir.


Quelques mois plus tard, Mohamed Benchicou est condamné à deux ans de prison dans une affaire officiellement liée à la réglementation des changes et aux mouvements de capitaux. Il est incarcéré en juin 2004. Son emprisonnement suscite alors de nombreuses réactions en Algérie et à l’étranger. Des organisations de défense de la liberté de la presse dénoncent ce qu’elles considèrent comme une procédure visant un journaliste en raison de ses écrits et de ses positions. Reporters sans frontières s’était notamment inquiétée de son état de santé durant sa détention.


Son incarcération n’interrompt cependant pas son activité intellectuelle. Au contraire, l’expérience carcérale nourrit une partie importante de son œuvre. Il publie notamment Les Geôles d’Alger, puis Journal d’un homme libre, poursuivant à travers ses livres son travail de témoignage, d’analyse et de réflexion sur le pouvoir et la société algérienne.


En 2006, son parcours est reconnu à l’international avec l’attribution du prix PEN/Barbara Goldsmith Freedom to Write, une distinction qui récompense des écrivains et journalistes confrontés à la répression en raison de leur travail et de leur liberté d’expression.


La disparition du quotidien Le Matin en version papier n’aura pas totalement mis fin à cette aventure. L’esprit du journal s’est redéployé sur internet à travers Le Matin d’Algérie, qui a poursuivi une activité éditoriale indépendante et continue de se présenter comme un espace consacré à l’information et au débat libre.


Parallèlement au journalisme, Benchicou aura construit une œuvre littéraire abondante. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Bouteflika : une imposture algérienne, Les Geôles d’Alger, Journal d’un homme libre, Le Mystère Bouteflika, Casa del Mouradia ou encore La Parfumeuse : la vie occultée de Madame Messali Hadj. Ses livres témoignent de son intérêt pour la politique contemporaine, l’histoire de l’Algérie et les grandes figures du mouvement national.


Son parcours ne peut donc être réduit à son affrontement avec le pouvoir de Bouteflika. Il appartient à une génération de journalistes qui ont accompagné les transformations profondes de la presse algérienne depuis l’ouverture politique de la fin des années 1980. Il aura connu la rédaction d’El Moudjahid, l’expérience d’Alger-Républicain, la création et le développement du Matin, la prison, puis le passage d’une partie de la presse écrite vers le numérique.


Ceux qui l’ont connu retiennent notamment sa culture, son goût de l’écriture et son attachement à la liberté de la presse. Ses positions ont pu susciter débats et controverses, mais son parcours témoigne d’une constance : celle d’un journaliste qui aura choisi de faire de la plume un instrument d’interpellation du pouvoir et de réflexion sur son pays.


Avec sa disparition, c’est une figure importante de l’histoire récente du journalisme algérien qui s’éteint. Mohamed Benchicou laisse des livres, des articles, des souvenirs et une aventure journalistique qui, sous une autre forme, continue de vivre sur internet.



Nadia B

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