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Médias sous tutelle : le pouvoir intime l’ordre de glorifier Tebboune

il y a 27 minutes
3 min de lecture

En moins de deux semaines, les services de la communication de la présidence de la République ainsi que le ministère de la Communication ont convoqué successivement les responsables des chaînes de télévision puis, ce lundi 21 septembre, les dirigeants des sites d’information bénéficiant de la publicité institutionnelle distribuée par l’ANEP (Agence nationale d’édition et de publicité).


Ces rencontres ont été présidées par Kamel Sidi-Saïd, conseiller chargé de la communication à la présidence, devenu au fil des années la véritable figure centrale de la gestion du secteur médiatique, et par le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, dont les marges de manœuvre apparaissent de plus en plus limitées face à la présidentialisation croissante des questions liées à l’information.


Selon plusieurs participants, les deux réunions, qui ont duré près de quatre heures chacune, ont été essentiellement consacrées à la transmission des orientations du pouvoir en matière de communication. Le message adressé aux médias était clair : renforcer davantage la couverture des actions présidentielles et assurer une plus grande visibilité aux « réalisations » du chef de l’État.


Cette injonction intervient pourtant dans un paysage médiatique déjà largement homogénéisé. Depuis que Abdelmadjid Tebboune a été mis au pouvoir en 2019, les espaces de critique se sont considérablement réduits. Les enquêtes journalistiques sensibles sont devenues exceptionnelles, les reportages de terrain indépendants se raréfient et les débats contradictoires ont quasiment disparu des grands médias audiovisuels. Malgré cette situation, les autorités semblent considérer que l’effort de valorisation de l’action gouvernementale demeure insuffisant.


Certes, les participants ont été invités à s’exprimer sur les difficultés rencontrées dans l’exercice de leur profession. Certains ont évoqué des obstacles techniques ou économiques, d’autres ont proposé des pistes pour améliorer les conditions de travail dans le secteur. Mais selon plusieurs témoignages, ces échanges ont surtout servi de décor à une opération dont l’objectif principal restait la mobilisation accrue des médias au service de la communication officielle.


Plusieurs intervenants auraient d’ailleurs rivalisé d’éloges envers les autorités, promettant d’intensifier encore davantage leur soutien éditorial aux politiques publiques. Cette démonstration de loyauté soulève toutefois une interrogation fondamentale : que reste-t-il du pluralisme médiatique lorsque la plupart des acteurs du secteur dépendent directement ou indirectement de ressources publicitaires contrôlées par l’État ?


Au-delà des faits rapportés, plusieurs questions demeurent. Quelle est l’utilité réelle de telles réunions alors que la majorité des médias concernés affichent déjà une ligne éditoriale favorable au pouvoir ? Pourquoi limiter les invitations aux seuls organes bénéficiant de la publicité de l’ANEP, en excluant les quelques médias indépendants qui tentent encore de survivre hors de ce système ? Et surtout, pourquoi cette insistance soudaine sur la promotion du bilan présidentiel alors que le pays traverse des difficultés économiques et sociales persistantes qui alimentent le scepticisme d'une partie de l'opinion ?


Pour de nombreux observateurs, il serait naïf de considérer ces rencontres comme une démarche visant à renforcer l’indépendance de la presse ou à améliorer la qualité du journalisme. Au contraire, elles s’inscrivent dans une dynamique de contrôle toujours plus étroit de l’espace médiatique. Plusieurs organisations internationales de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières, soulignent régulièrement les restrictions pesant sur les journalistes algériens, ainsi que la forte dépendance économique des médias à l’égard de la publicité publique.


Dès lors, une autre hypothèse se dessine : ces réunions sont-elles les prémices d’une nouvelle phase politique nécessitant un appareil médiatique encore davantage mobilisé ? Préparent-elles l’opinion à de futures réformes institutionnelles ou à un renforcement du pouvoir présidentiel ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Mais une chose apparaît claire : la volonté du pouvoir de contrôler son récit et de façonner sa propre image n’a jamais semblé aussi assumée.


Essaïd Wakli

 
 
 

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