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Mémoire franco-algérienne : la commission mixte des historiens va reprendre ses travaux “sans délai”

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Stéphane Romatet, ambassadeur de France à Alger, a confirmé ce lundi que la commission mixte d'historiens franco-algériens, dont les travaux étaient gelés depuis plusieurs mois, se réunirait à nouveau dans les semaines à venir. La question des archives, celle des restitutions et les programmes d'échanges scientifiques figureront à l'ordre du jour.


Exactement dix jours après les cérémonies du 8 mai à Sétif, l'ambassadeur de France à Alger a livré le calendrier que les deux capitales gardaient sous coude. Stéphane Romatet a confirmé que la commission mixte d'historiens franco-algériens, installée en 2022 puis suspendue dans le sillage de la crise diplomatique de l'été 2024, reprendrait ses travaux dans un horizon de quelques jours à quelques semaines.


L'annonce intervient à un moment où  Alger et Paris tentent de réamorcer un dialogue mis à l'arrêt par la reconnaissance française du plan d'autonomie marocain sur le Sahara occidental, par l'affaire Boualem Sansal et par le journal Christophe Gleizes. Le dossier mémoriel, lui, n'a jamais été formellement enterré par les deux exécutifs.


“C'est vraiment l'ambition du président Macron depuis toujours, depuis le début de son mandat, cette démarche qu'il a voulu instaurer avec l'Algérie, qui est une démarche de mémoire, qui est une démarche qui consiste aussi à regarder la vérité de l'histoire dans ce qu'elle a de plus difficile, de plus tragique”, a déclaré l'ambassadeur. Et de poursuivre : “C'était le sens de la commémoration de Sétif le 8 mai, il y a exactement une semaine. Les deux présidents ont aussi décidé que la commission mixte des historiens reprendrait sans délai ses travaux pour qu'ensemble nous avancions sur ce chantier de la mémoire qui est si important pour l'Algérie.”


La commission, coprésidée côté algérien par Mohamed Lahcen Zighidi et côté français par l'historien Benjamin Stora, avait été lancée en août 2022 lors de la visite d'État d'Emmanuel Macron à Alger. Trois axes lui avaient été assignés à l'origine. L'accès réciproque aux archives de la période coloniale et de la guerre d'indépendance, la restitution de biens symboliques et de restes humains conservés en France, la circulation des chercheurs des deux rives.


C'est exactement ce périmètre que Stéphane Romatet a confirmé. “Alors, ça fait partie évidemment des travaux de la commission de voir notamment l'accès aux archives, la numérisation, les programmes d'échanges entre historiens, scientifiques, mais aussi la question des restitutions. Tout ceci est au menu de la prochaine réunion de la commission mixte d'historiens dont nous souhaitons qu'elle se tienne maintenant dans les quelques jours, sinon semaines qui viennent”, a précisé l'ambassadeur.


Il faut dire que la “vérité de l'histoire dans ce qu'elle a de plus difficile, de plus tragique”, selon les propos de Romatet prolonge le vocabulaire installé par Emmanuel Macron depuis 2017, et reprend la grammaire du rapport Stora remis en janvier 2021, qui plaçait la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 parmi les gestes attendus côté français.


Quatre-vingt-un ans après la répression des manifestations nationalistes de Sétif, Guelma et Kherrata par les forces françaises, la France n'a toujours pas formellement reconnu ces faits comme un crime d'État. La position officielle reste celle exprimée par Jean-Marc Ayrault en 2015, qui parlait d'une “tragédie inexcusable”, et par Emmanuel Macron lui-même, qui a parlé en 2020 de “massacres” sans aller jusqu'à la qualification juridique réclamée par l’Algérie.


Restent les sujets sensibles. La restitution des cranés des résistants algériens conservés au Musée de l'Homme, déjà partiellement réalisée en juillet 2020 avec 24 restes humains rapatriés, demeure inachevée. Les archives militaires, ouvertes à 75 % par les décrets de 2021 et 2023, comportent encore des zones classifiées sur la période 1954-1962. Et la question des essais nucléaires français au Sahara, des disparus de la bataille d'Alger, des biens spoliés, n'a fait pour l'instant l'objet d'aucune avancée publique.


Sophie K.


 
 
 
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