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Paris et Alger resserrent la coopération au risque d’exposer migrants, opposants et ex‑dignitaires

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Alger et Paris connaissent depuis quelques semaines un ballet diplomatique quasiment incessant. Après la visite du ministre de l’Intérieur français fin février, c’était au tour de Alice Rufo, la ministre-déléguée aux armées et aux anciens combattants, puis au Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de visiter Alger. Paris accueillera, prochainement, le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, pour une première visite d’un haut responsable algérien en France depuis le début de la crise entre les deux pays en 2024. Objectif affiché par Paris : efficacité dans la lutte contre la migration clandestine et le crime organisé.


Dans l’agenda du ministre français de la Justice tout comme son homologue de l’Intérieur, deux sujets préoccupent le plus les autorités françaises, à savoir le renvoi des Algériens mis sous OQTF, l’obligation de quitter le territoire français, et la récupération de certains trafiquants de drogue qui se réfugient en Algérie leur pays d’origine.


Avec cet activisme, la France entend en effet resserrer l’étau sur certaines catégories d’Algériens pour répondre aux sollicitations d’Alger. A commencer par les milliers de migrants clandestins algériens qui se trouvent en France. Beaucoup de ces jeunes, souvent arrivés sur des embarcations de fortune à partir de l’Espagne avant de se retrouver dans les villes et banlieues françaises, sont sans emploi, sans abris. Certains d’entre eux, parmi lesquels des repris de justice, s’adonnent à des actes délictueux qui les poussent dans des centres de rétention administrative. Ils sont environs 140 000 dans ce cas, selon le ministère français de l’Intérieur. Laurent Nunez a indiqué récemment que l’Algérie a délivré, jusqu’à début mai, environs 150 laissez-passer consulaires, nécessaires au renvoi de ces migrants vers l’Algérie. Le chiffre va certainement augmenter sous la pression des autorités parisiennes.


L’autre catégorie d’Algériens qui pourraient être « victimes » de ce rapprochement entre Alger et Paris est celle des opposants, activistes et d’autres agitateurs sur les réseaux sociaux. Ce sujet, très délicat, va d’ailleurs être au cœur des discussions entre les deux gouvernements. Alger demande en effet l’extradition de certaines figures jugées subversives, dont des personnalités qualifiées de terroristes. Paris refuse, arguant que ces Algériens bénéficient du statut inviolable de « réfugiés politiques ». Puis, à Paris, on considère qu’il s’agit de la liberté d’expression. Mais à un moment donné, il n’est pas exclu que certains activistes, ou même des militants, soient livrées aux autorités algériennes en signe de gage de leurs homologues françaises, en contrepartie d’autres concessions que consentira Alger.


La question des « biens mal acquis » constitue un autre motif d’inquiétude pour certains Algériens. En plus de l’ancien ministre de l’Industrie, Abdesselam Bouchouareb que la justice française refuse d’extrader à cause de son âge relativement avancé et de l’absence de garanties d’un procès équitable, des hommes d’affaires et d’anciens hauts dignitaires du régime peuvent être remis à la justice algérienne qui les brandira comme des trophées de guerre, surtout que contrairement à l’Espagne qui a donné à l’Algérie deux anciens militaires en fuite, la France n’a jamais coopéré avec Alger sur ce sujet. Le chef de l’Etat a d’ailleurs indiqué récemment que sur les 61 missions rogatoires envoyées par la justice algérienne à la France, aucune n’a abouti, preuve, selon lui, du manque de coopération de Paris sur le sujet.


Si certaines demandes peuvent être légitimes, s’agissant notamment des délinquants et d’autres auteurs de détournements présumés d’argent public, l’absence d’une justice indépendante en Algérie inquiète. Nous avons en effet assisté ces dernières années à des procès-spectacles, à des règlements de compte entre factions du régime ; à coup de procès en sorcellerie où la condamnation systématique à de lourdes années de prison a été une règle immuable. Ce sont ces scénarios que les défenseurs des droits de l’Homme craignent si la France se met à remettre à l’Algérie des personnes jugées subversives.


Essaïd Wakli

 
 
 
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