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Oran–Tindouf : un projet ferroviaire stratégique qui divise l’Algérie

  • cfda47
  • il y a 4 heures
  • 3 min de lecture

Le projet de ligne ferroviaire reliant Oran à Tindouf, annoncé comme l’un des chantiers les plus ambitieux de l’Algérie contemporaine, continue de susciter un débat national intense. Présenté par les autorités comme un axe structurant pour l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet et le développement du Sud-Ouest, il concentre aujourd’hui des enjeux économiques, géopolitiques, diplomatiques et sociaux qui dépassent largement la simple construction d’une voie ferrée. Entre ambitions nationales, intérêts étrangers, critiques académiques et tensions régionales, ce projet est devenu un révélateur des contradictions et des aspirations du pays.


L’objectif officiel est clair : relier le port d’Oran, l’un des plus importants du pays, à la région de Tindouf, riche en ressources minières mais historiquement enclavée. Cette infrastructure doit permettre d’acheminer le minerai de fer vers les zones industrielles du Nord, de soutenir la diversification économique hors hydrocarbures et de renforcer la présence de l’État dans une zone stratégique proche du Sahara occidental. Pour le gouvernement, il s’agit d’un investissement de long terme, capable de transformer l’économie nationale et de repositionner l’Algérie comme un acteur industriel majeur en Afrique du Nord.


Mais derrière cette vision optimiste, les critiques se multiplient. Plusieurs économistes et ingénieurs soulignent l’absence d’études d’impact rendues publiques, les défis techniques liés au terrain désertique, les coûts d’entretien très élevés et le risque que la ligne ne soit pas rentable avant plusieurs décennies. Certains rappellent que d’autres projets ferroviaires nationaux ont connu des retards, des dépassements budgétaires ou une exploitation limitée, ce qui alimente les doutes sur la capacité du pays à mener à bien un chantier d’une telle ampleur.


La dimension géopolitique ajoute une complexité supplémentaire. La région de Tindouf se situe à proximité du Sahara occidental, un territoire disputé qui cristallise depuis des décennies les tensions entre l’Algérie et le Maroc. Pour certains observateurs, le projet Oran–Tindouf répond autant à des considérations stratégiques qu’économiques : renforcer la présence algérienne dans le Sud-Ouest, sécuriser les frontières, et affirmer une influence régionale dans un contexte de rivalité persistante avec Rabat. Cette lecture géopolitique est régulièrement alimentée par les analyses d’experts internationaux, qui voient dans ce projet un outil de projection d’influence dans le Maghreb et le Sahel.


La Chine occupe également une place centrale dans le dossier. Plusieurs entreprises chinoises participent aux études et à la construction, profitant de leur expertise dans les infrastructures ferroviaires en zones désertiques. Pékin est déjà impliqué dans l’exploitation du gisement de Gara Djebilet, et certains analystes estiment que la future ligne pourrait faciliter l’exportation du minerai vers les industries sidérurgiques chinoises. Bien que les autorités algériennes affirment financer le projet sur fonds propres, des observateurs évoquent la possibilité d’un soutien financier indirect dans le cadre de l’initiative chinoise des « Nouvelles Routes de la Soie ». Cette présence étrangère alimente les inquiétudes de ceux qui redoutent une dépendance accrue vis-à-vis d’un partenaire dont les ambitions dépassent le cadre strictement économique.


Le débat a pris une tournure plus sensible encore lorsqu’un professeur universitaire a été arrêté après avoir critiqué publiquement le projet. Selon plusieurs sources médiatiques, il aurait mis en doute la viabilité économique du chantier, dénoncé le manque de transparence et évoqué des motivations politiques plutôt qu’industrielles. Son emprisonnement a provoqué une vague d’indignation dans les milieux académiques et parmi les défenseurs de la liberté d’expression, qui y voient une tentative de dissuader toute critique sur les grands projets d’État. Cette affaire a renforcé l’idée que le projet Oran–Tindouf n’est pas seulement un chantier d’infrastructure, mais aussi un sujet hautement politique.


Sur le terrain, les populations locales oscillent entre espoir et scepticisme. Certains habitants de Tindouf et des wilayas voisines voient dans le projet une opportunité historique de désenclavement, de création d’emplois et de développement économique. D’autres craignent que les retombées locales soient limitées, que les ressources minières profitent davantage à des partenaires étrangers qu’aux communautés locales, ou que les promesses d’industrialisation tardent à se concrétiser.


Au final, le projet Oran–Tindouf apparaît comme un miroir des tensions et des aspirations de l’Algérie actuelle. Il incarne à la fois la volonté de modernisation, la recherche de souveraineté économique, la complexité des alliances internationales et la sensibilité du débat public. Pour ses partisans, il s’agit d’un chantier visionnaire qui transformera durablement le pays. Pour ses détracteurs, c’est un projet opaque, coûteux et politiquement instrumentalisé. Entre ces deux visions, l’Algérie avance, consciente que ce projet pourrait devenir l’un des symboles majeurs de son avenir économique — ou de ses contradictions non résolues.


Nadia B

 
 
 
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