Paris recadre son ambassadeur après avoir révélé une baisse de 20 % des visas accordés aux Algériens
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures

Une phrase d'ambassadeur, une semaine de tempête politique. Interpellé à l'Assemblée nationale, Jean-Noël Barrot a dû éteindre l'incendie allumé par les déclarations de Stéphane Romatet sur les visas accordés aux Algériens. Avec, au passage, un chiffre que le Quai d'Orsay n'avait jamais rendu public.
Six jours auront suffi pour transformer un entretien télévisé en affaire d'État. Mardi 21 juillet, lors de la séance de questions au gouvernement, le ministre français des Affaires étrangères a été sommé de s'expliquer sur les propos tenus par l’ambassade de France à Alger, Stéphane Romatet. Ce dernier avait évoqué, dans un entretien diffusé le 15 juillet sur un média algérien, la perspective d'un retour au volume de visas délivré avant la crise bilatérale, soit environ 250 000 par an.
« Ce chiffre a chuté et notre objectif c'est de faire en sorte que ce volume de visas que nous attribuons aux citoyens algériens qui ont toutes les bonnes raisons pour venir en France puisse redémarrer à la hausse et de revenir probablement au niveau antérieur à la crise », avait avancé le diplomate. La droite et l'extrême droite françaises y ont vu une annonce de politique migratoire. Le Quai d'Orsay et l'Élysée, un dérapage à corriger.
« Économiquement suicidaire », selon le RN
Dans l'hémicycle, c'est Edwige Diaz, vice-présidente du Rassemblement national, qui a porté l'attaque. « Je me fais le relais de très nombreux Français qui ont découvert avec effroi les déclarations de votre ambassadeur en Algérie. Dans un média local, il a annoncé que la France souhaitait délivrer 250 000 visas par an aux ressortissants algériens », a lancé la députée, qui juge la sortie du diplomate « économiquement suicidaire » et « diplomatiquement délétère ».
La réponse de Jean-Noël Barrot a livré une donnée inédite. « Depuis que la crise a éclaté avec Alger, leur nombre a baissé de 20 %, c'est l'écart entre 2025 et 2024 », a précisé le chef de la diplomatie française. La France ayant accordé un peu plus de 250 000 visas aux Algériens en 2024, le repli ramène le volume délivré en 2025 autour de 200 000.
Le ministre attribue l'essentiel de cette contraction à la « restriction » du réseau diplomatique « décidée par le gouvernement algérien ». En avril 2025, au plus fort de la brouille, Paris et Alger avaient procédé à des expulsions réciproques d'agents consulaires, épisode qui avait précipité le rappel de l'ambassadeur Romatet, revenu à son poste seulement en mai dernier.
« Aucune logique de volume ou de quotas »
Sur le fond, Jean-Noël Barrot a récusé toute cible chiffrée. « Il n'y a aucun objectif chiffré. Notre politique ne répond à aucune logique de volume ou de quotas. Elle ne dépend que de l'appréciation de nos intérêts à défendre », a-t-il martelé, décrivant un réengagement avec l'Algérie « progressif, réversible et conditionné aux résultats que nous obtiendrons ». Le ministre a énuméré les dossiers qui commandent, selon lui, cette reprise de dialogue engagé depuis le début de l'année, de la politique migratoire à la sécurité, en passant par la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme.
L'Élysée a jugé utile d'en rajouter. Mercredi, à l'issue du conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a rapporté qu'Emmanuel Macron « a tenu à corriger les propos de notre ambassadeur en Algérie qui ont été très relayés ces derniers jours, notamment sur le nombre de visas ». Elle a répété qu'il n'existe « aucun objectif chiffré en matière de visas » ni « aucun laxisme de la part de la France ».
Un rappel de la porte-parole éclaire d'ailleurs la sensibilité du sujet. C'est Emmanuel Macron lui-même qui a réduit le nombre de visas accordés aux Algériens, un volume qui atteignait encore 500 000 par an au moment de sa première élection, en 2017.
Khaled ROUABAH



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