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Passeports diplomatiques : la diaspora dénonce un accord qui « récompense les élites du régime »

  • 13 avr.
  • 3 min de lecture
Image @APS
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Ahmed Attaf a quitté Bruxelles le 7 avril avec deux accords en poche. Ce que contenait le second, sur les facilités accordées aux détenteurs de passeports diplomatiques algériens, a mis le feu aux poudres dans la diaspora.


Dans une lettre ouverte adressée aux deux ministres signataires, Anneleen Van Bossuyt et Maxime Prévot, des associations de la diaspora algérienne et des observateurs des droits fondamentaux dénoncent ce qu’ils qualifient de « marchandage politique préoccupant ». En contrepartie de la reprise de ressortissants algériens en séjour irrégulier en Belgique, Bruxelles aurait accordé « des facilités et privilèges » à des membres « civils et militaires du régime algérien, ainsi qu’à leurs familles ». La référence invoquée par les signataires est le Journal officiel algérien numéro 37 du 4 juin 2023, qui liste les bénéficiaires du passeport diplomatique.


Ce passeport diplomatique n’a en Algérie que l’apparence d’un outil de représentation extérieure. Son octroi ou son retrait obéirait à une logique de récompense et de sanction interne, et « dépend de la loyauté envers le pouvoir », écrivent les auteurs de la lettre. Deux cas sont cités. Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur et figure critique du régime, en a été privé par décision du président Tebboune. Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du FLN (Front de libération nationale), avait subi la même mesure à l’initiative d’Ahmed Attaf lui-même, signataire des accords avec Bruxelles. Ce document, poursuivent les signataires, « n’est pas un simple outil diplomatique, mais un moyen de récompense et de sanction politique ». En acceptant des facilités associées à ce système, estiment-ils, la Belgique « contribue indirectement à légitimer ces pratiques ».


La Slovénie avait tenté sa chance la première, accordant une exonération de visa aux détenteurs de passeports diplomatiques algériens. Elle n’aurait « pas satisfait » les attentes du régime. La Belgique, « francophone et politiquement accessible », offrirait un débouché autrement plus stratégique, d’autant que Paris a choisi de cibler précisément ce même sésame plutôt que les visas ordinaires, épargnant ainsi étudiants, commerçants et touristes.


Au-delà du cas belge, les signataires pointent une contradiction structurelle dans la politique migratoire européenne. Ces accords « ne traitent pas les causes profondes de l’immigration irrégulière ». Sans « perspectives économiques », sans « État de droit solide », sans « liberté d’expression ni justice indépendante », écrivent-ils, « les dynamiques migratoires persistent : pour chaque personne renvoyée, d’autres seront poussées au départ ». Ils invitent Bruxelles à conditionner tout accord migratoire à des avancées concrètes, notamment « la libération de tous les détenus d’opinion, sans distinction de notoriété », « la fin des contrôles judiciaires abusifs » et « la révision des lois utilisées pour réprimer l’expression pacifique des citoyens ».


La lettre pointe également les inégalités concrètes que ces facilités pourraient amplifier. Des pratiques déjà observées en France montrent que des élites liées au pouvoir algérien utilisent les systèmes de santé et les marchés immobiliers européens « sans contribuer au développement de leur propre pays ».


Sur le transport aérien, les signataires relèvent qu’en raison « d’un marché aérien fortement restreint et peu ouvert à la concurrence, notamment aux compagnies à bas coût, les billets restent élevés et sont en grande partie financés par les Algériens eux-mêmes », y compris la diaspora algéro- belge. Ces accords, concluent-ils, « permettent au régime algérien de se défausser de ses responsabilités sur l’Europe » plutôt que de renforcer ses infrastructures nationales.


Ahmed Attaf est rentré à Alger sans déclaration publique sur le contenu précis des facilités accordées. Du côté belge, aucun communiqué n’a détaillé la liste des bénéficiaires des nouvelles dispositions.​​​​​​​​​​​​​​​​


Amine B.


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