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Procès fixé pour Abdelwakil Blamm : plus de quatorze mois de détention provisoire

  • il y a 24 minutes
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Détenu depuis fin décembre 2024, le journaliste et militant Abdelwakil Blamm sera jugé le 16 avril devant le tribunal criminel de Dar El Beida, à Alger, selon son avocate Fetta Sadat.  


Le 23 décembre 2024, des agents en civil se présentaient au domicile d'Abdelwakil Blamm à Chéraga, dans les hauteurs d'Alger. Ils lui prenaient son téléphone et le relâchaient le soir même. Six jours plus tard, ils revenaient. Cette fois, le journaliste et cofondateur du mouvement Barakat ne rentrait pas chez lui. Il allait passer sept jours sans contact avec sa famille ni ses avocats avant que la justice ne fasse savoir, le 5 janvier 2025, qu'il était placé en détention provisoire. Plus de quatorze mois plus tard, son procès est fixé au 16 avril, devant le tribunal criminel de Dar El Beida, à Alger, selon son avocate Fetta Sadat.  


La date marque une étape dans une procédure qui a multiplié les renvois. La chambre d'accusation du tribunal de Sidi M'hamed avait d'abord inscrit l'examen du dossier au 4 décembre 2025, sans qu'aucune issue n'en soit communiquée publiquement. L'audience du 16 avril se tient désormais devant une juridiction criminelle, ce qui signifie que les charges retenues contre Blamm n'ont pas été requalifiées en délits correctionnels. Le parquet maintient l'accusation initiale de participation à une organisation terroriste, aux côtés de deux chefs délictuels : diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l'ordre public, et atteinte à l'intégrité nationale. Trois articles du code pénal sont mobilisés, les 87 bis, 196 bis et 79, devenus depuis 2020 l'instrument ordinaire de la répression des voix dissidentes en ligne.  


Le dossier repose, pour l'essentiel, sur l'exploitation du téléphone confisqué lors de la première interpellation. Le parquet de Chéraga a indiqué, dans son communiqué du 5 janvier 2025, que l'examen de l'appareil avait révélé des échanges avec « des terroristes se trouvant en dehors du territoire national ». Le nom de l'organisation concernée n'a jamais été précisé. Ses avocats, parmi lesquels figurent Mustapha Bouchachi et Abdelghani Badi, ont dénoncé dès l'origine une disparition forcée, déposé une plainte en ce sens auprès du procureur général de la cour d'Alger et contesté la régularité de la procédure. L'épouse du journaliste avait également saisi la justice pour disparition forcée, au cours de la semaine où les autorités niaient encore détenir son mari.  


Abdelwakil Blamm n'est pas un inconnu des services de sécurité. En 2021, il avait porté plainte pour mauvais traitements après son interpellation lors d'une marche commémorant le deuxième anniversaire du Hirak au boulevard Belouizdad, à Alger. Son avocat Abdelghani Badi avait alors saisi le procureur général pour coups et blessures volontaires, torture et atteinte à la dignité. La plainte était restée sans suite. Blamm avait ensuite publié le détail de cette garde à vue sur les réseaux sociaux, ce même Facebook dont les publications alimentent aujourd'hui son dossier pénal.  


L'affaire a atteint une visibilité internationale inhabituelle pour un journaliste algérien. Dans une résolution commune adoptée début 2025 sur le cas de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le Parlement européen a expressément nommé Abdelwakil Blamm, demandant sa libération et appelant Alger à revoir les articles 87 bis, 95 bis et 196 bis du code pénal. La résolution, portée conjointement par le PPE, le S&D, Renew Europe et l'ECR, invitait également les institutions européennes à faire publiquement part de leurs préoccupations aux autorités algériennes. Cette mention n'a suscité aucune réaction officielle d'Alger.  


Le profil de Blamm cumule ce que les autorités algériennes tendent à traiter comme des marqueurs d'hostilité : une opposition précoce à Bouteflika, une présence active pendant le Hirak, une direction de média en ligne, une liberté de ton sur les réseaux sociaux et, selon l'accusation, des communications avec des opposants établis à l'étranger. L'organisation de défense des droits humains SHOAA, basée à Londres, estime que ces éléments constituent une « exploitation politique des accusations de terrorisme » et non une poursuite pénale fondée sur des actes caractérisés.  


Amine B  

 
 
 

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