Quand l'APS troque la plume pour le gourdin : le MSP dans le viseur du pouvoir
- cfda47
- il y a 17 heures
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Dans une dépêche au vitriol, l'APS s'en prend sans le nommer au principal parti islamiste d'opposition, dévoilant les tensions qui traversent la scène politique algérienne à quelques mois des élections.
Encore une fois, l'Algérie Presse Service s'écarte de sa mission première d'information pour endosser le rôle de procureur politique. La cible du jour, soigneusement innommée mais aisément identifiable, n'est autre que le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), principale formation islamiste du pays.
Le texte ne s'embarrasse guère des précautions d'usage. Le parti visé y est qualifié de « charognard politique » pratiquant « l'imposture » et « l'opportunisme électoral le plus primaire ». L'APS va jusqu'à souhaiter voir cette formation reléguée dans « la poubelle de l'Histoire », une formule qui résonne étrangement sous la plume d'une agence censée informer plutôt que condamner.
Cette offensive intervient alors que des tensions sociales agitent le pays, notamment autour d'un projet de réforme du code de la route contesté par les transporteurs. L'agence officielle accuse le MSP de « récupération cynique » et d'« instrumentalisation des malaises sociaux ».
Des accusations ad hominem à peine voilées
Plus troublant encore, la dépêche formule des griefs nominatifs visant manifestement un élu identifiable : un député qui aurait « effectué son service militaire en France » et « brillé par son absence à l'APN le jour du vote d'une loi historique incriminant la colonisation ». Des éléments suffisamment précis pour désigner un individu, sans lui accorder le droit de réponse qu'imposerait une mise en cause explicite.
L'APS ressuscite également les fractures de 2019, accusant le parti d'avoir soutenu « un cinquième mandat » pour l'ancien président Bouteflika et de s'être aligné « sans vergogne sur les thèses de la France officielle ». La dépêche rappelle que le « premier responsable » du mouvement « fut chassé manu militari de la place Audin » par les manifestants du Hirak.
Cette référence à Abderrazak Makri, alors président du MSP, témoigne d'une volonté de délégitimer durablement la formation aux yeux de l'opinion publique.
Un plaidoyer gouvernemental en filigrane
En contrepoint de cette charge, la dépêche égrène complaisamment les mesures sociales du président Tebboune : augmentation du SNMG à 24 000 dinars, revalorisation de l'allocation chômage à 18 000 dinars, révision des pensions de retraite, importation d'un million de moutons pour l'Aïd El-Adha. Autant d'éléments qui achèvent de transformer ce qui se présente comme une analyse en exercice de communication gouvernementale.
Toujours est-il que cette publication interroge frontalement le rôle d'une agence de presse d'État dans une démocratie. Que l'APS se mue en bras armé de la majorité présidentielle à l'approche d'échéances électorales constitue un fait politique en soi, et une anomalie au regard des standards journalistiques internationaux.
L'Algérie, que la dépêche décrit paradoxalement comme « plus démocratique que jamais », offre ainsi le spectacle singulier d'un organe officiel appelant à l'élimination politique d'un parti légal.
Le MSP, qui n'a pas encore réagi, se trouve sommé de répondre à des accusations formulées dans des termes rendant tout débat serein singulièrement difficile.
Amine B.