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SILA 2026 : la mémoire domine, l’histoire académique s’efface

il y a 2 heures
2 min de lecture

À parcourir les allées du SILA 2026, un constat s’impose : les ouvrages consacrés à l’histoire nationale sont bien présents, mais ce sont surtout les mémoires, autobiographies, témoignages et récits personnels qui occupent le devant de la scène. Les travaux universitaires issus de la recherche historique, notamment sur le mouvement national algérien, semblent quant à eux plus discrets. Le SILA 2026 révèle ainsi moins une absence de l’histoire qu’un déséquilibre entre mémoire et historiographie.


Ce paradoxe est d’autant plus frappant que l’édition 2026 du Salon a accordé une place importante à l’histoire et à la mémoire. Les organisateurs ont même créé, pour la première fois, un espace dédié à « l’Histoire et la Mémoire », tandis que plusieurs conférences ont été consacrées au centenaire de l’Étoile nord-africaine, au mouvement national et à de grandes figures de l’historiographie algérienne.


Pourtant, cette mise en avant institutionnelle ne semble pas se traduire par une visibilité équivalente de la recherche académique dans les rayons. Les visiteurs sont davantage confrontés à une abondante production mémorielle, portée par d’anciens acteurs, des personnalités politiques ou des auteurs de récits autobiographiques, qu’à des monographies universitaires ou à des synthèses historiographiques récentes. Cette tendance est illustrée par la forte présence d’ouvrages relevant du témoignage ou du récit personnel parmi les nouveautés mises en avant durant le Salon.


La situation interroge également le renouvellement de la production historique. L’historienne Malika Rahal, figure majeure des études sur l’Algérie contemporaine, reste présente dans le débat intellectuel à travers son ouvrage Mille histoires diraient la mienne, largement commenté en 2026. Mais cette visibilité ne masque pas une impression plus générale : les grandes publications universitaires dédiées au mouvement national peinent à occuper l’espace éditorial avec la même régularité que les récits de mémoire.


Ce déséquilibre n’est pas propre à l’Algérie. Dans de nombreux pays, la mémoire séduit davantage le grand public que la recherche académique. Le témoignage offre une proximité émotionnelle, tandis que l’ouvrage scientifique exige davantage de temps, de contextualisation et de distance critique. Or, lorsque la mémoire occupe seule le terrain, le risque est de voir l’histoire se réduire à une juxtaposition de récits individuels, aussi précieux soient-ils.


Le SILA 2026 met ainsi en lumière une tension ancienne mais toujours actuelle : celle qui oppose, ou du moins distingue, le travail de mémoire et le travail historique. Le premier conserve l’expérience vécue ; le second la confronte aux sources, la contextualise et l’inscrit dans une analyse plus large. La vitalité du débat historique algérien dépend précisément de l’équilibre entre ces deux approches.


En ce sens, le principal enseignement de cette édition n’est peut-être pas l’absence de l’histoire, mais plutôt la difficulté persistante de la recherche universitaire à rivaliser, dans l’espace éditorial et médiatique, avec la puissance narrative de la mémoire.


Nadia B

 
 
 

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