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Ségolène Royal à Alger : “Construire une nouvelle alliance, d'égal à égal”

  • cfda47
  • il y a 2 minutes
  • 3 min de lecture

Reçue mardi par le président Tebboune, la nouvelle présidente de l'Association France-Algérie a plaidé pour une coopération fondée sur la “vérité historique” et le respect de la souveraineté algérienne, dans un contexte de crise diplomatique sans précédent depuis l'indépendance.  


Au cœur d'une brouille franco-algérienne que les diplomates qualifient de “plus grave depuis 1962”, Ségolène Royal s'est rendue à Alger pour tenter de maintenir un fil de dialogue que les canaux officiels peinent à préserver. Reçue mardi en audience par le président Abdelmadjid Tebboune, l'ancienne candidate à l'Élysée, désormais à la tête de l'Association France-Algérie, a livré à sa sortie un plaidoyer appuyé pour une refondation des relations bilatérales, articulé autour de gestes mémoriels concrets.  


Le déplacement de Ségolène Royal intervient dans un climat délétère entre Paris et Alger. Depuis le soutien affiché par Emmanuel Macron au plan marocain d'autonomie sur le Sahara occidental en juillet 2024, les relations entre les deux pays n'ont cessé de se détériorer. L'incarcération de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, les expulsions croisées de diplomates en avril 2025, le rappel de l'ambassadeur de France Stéphane Romatet : la litanie des incidents a atteint un seuil critique que les tentatives de rapprochement du printemps dernier n'ont pas suffi à endiguer.  


Dans ce contexte, la présidente de l'Association France-Algérie, citée nommément par Abdelmadjid Tebboune parmi les personnalités françaises susceptibles de renouer le dialogue, apparaît comme une émissaire de substitution, opérant en marge des circuits institutionnels paralysés.  


“Faire reculer les postures politiciennes”  


À l'issue de son entretien avec le chef de l'État algérien, Ségolène Royal n'a pas mâché ses mots. Qualifiant l'histoire commune des deux pays d' “histoire blessée, faite de domination, de violences indignes, mais aussi de luttes, de résistance, de destins mêlés”, elle a appelé à “faire reculer les postures politiciennes, les provocations, les discours qui déchirent”. Une mise en garde adressée, sans les nommer, à ceux qui “ne veulent pas que l'Algérie avance” et “n'admettent pas encore la souveraineté nationale de l'Algérie”.  


L'ancienne ministre socialiste a insisté sur le respect dû aux choix souverains d'Alger : “Son rôle diplomatique dans le monde, sa décision de non-alignement, sa liberté totale de choisir ses alliances et ses causes”. Une position qu'elle “respecte profondément”, espérant que “les autorités françaises finiront aussi par respecter cette souveraineté nationale”.  


Sur le terrain mémoriel, Ségolène Royal s'est montrée particulièrement offensive. “Le premier geste que doit faire la France, qui aurait dû être fait depuis longtemps, c'est la restitution des biens culturels et des archives”, a-t-elle martelé, promettant d'y mettre “toute sa force”.  


La liste est substantielle. Les objets ayant appartenu à l'émir Abdelkader, conservés au musée de Chantilly ; les ossements des résistants algériens détenus au Musée de l'Homme ; les archives coloniales d'Aix-en-Provence ; ou encore le célèbre canon Baba Merzoug, pièce de guerre exposée à Brest depuis 1833. Autant de demandes que la commission mixte Histoire et Mémoire avait déjà actées dans son rapport de novembre 2023, resté lettre morte.  


Plus sensible encore, la question des essais nucléaires français dans le Sahara, dont Ségolène Royal réclame la transmission intégrale des archives “afin de mesurer l'ampleur des dégâts et les réparer”. Un dossier sur lequel Abdelmadjid Tebboune avait interpellé Paris en octobre dernier par une formule restée célèbre : “Venez nettoyer Oued Namous”.  


C'est précisément au nom de cette exigence de vérité que la présidente de l'AFA a choisi de conclure en citant Saint Augustin : “La vérité est comme un lion, laisse-la libre, elle se défendra elle-même”. Elle avait auparavant emprunté à l'émir Abdelkader : “L'homme est grand par ce qu'il sait, et noble par ce qu'il fait”. Un double héritage qu'elle s'est engagée à porter directement auprès d'Emmanuel Macron à son retour, “pour l'inciter à agir en ce sens, comme d'ailleurs il l'avait dit au début de son quinquennat”.  


Sophie K.  


 
 
 
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