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Ségolène Royal étrille “Complément d'enquête” : après Stora, le front des critiques s'élargit

  • cfda47
  • il y a 2 minutes
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En visite à Alger, l'ancienne ministre socialiste dénonce un reportage “offensant” et “politiquement orienté” sur l'Algérie. Une charge qui fait écho aux accusations de manipulation médiatique formulées par l'historien Benjamin Stora.  


La polémique enfle autour du reportage de “Complément d'enquête” consacré aux relations algéro-françaises. Après l'historien Benjamin Stora, c'est au tour de Ségolène Royal de porter l'estocade contre le documentaire “Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie”, diffusé le 22 janvier sur France 2. Une offensive menée depuis Alger, où la présidente de l'Association France-Algérie effectue une visite de cinq jours, couronnée mardi par un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune.  


Dans des déclarations accordées à la télévision algérienne, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2007 a révélé avoir été sollicitée pour participer au programme. Elle devait figurer dans la séquence des “Chaises rouges”, le face-à-face qui conclut traditionnellement l'émission. Mais après avoir exigé de visionner le documentaire en amont, Ségolène Royal a fait volte-face.  


“Quand j'ai vu le film, j'ai dit clairement : je ne peux pas participer, je ne peux pas cautionner un travail qui offense totalement l'Algérie”, a-t-elle tranché. L'ancienne ministre a fait savoir qu'elle avait exprimé son refus par écrit, jugeant le contenu “inacceptable”. Un positionnement qu'elle a illustré d'une comparaison cinglante :  “Imaginez que la télévision publique algérienne réalise un reportage similaire sur Emmanuel Macron. Quelle serait la réaction de la France ?”  


L'ex-compagne de François Hollande ne s'est pas contentée de critiquer le fond. Elle a également mis en cause le calendrier et les intentions supposées des auteurs. Selon elle, la préparation du reportage aurait débuté lorsque Bruno Retailleau occupait le ministère de l'Intérieur, ce qui expliquerait son orientation. “Il ne me surprend pas que ce documentaire soit orienté”, a-t-elle lancé.  


Plus grave, Ségolène Royal dénonce ce qu'elle perçoit comme une entreprise de délégitimation des élus binationaux, à travers le témoignage anonyme d'une conseillère municipale. “Toutes les chancelleries du monde maintiennent des liens avec leurs ressortissants. Ce n'est pas de l'ingérence, c'est une pratique normale”, a-t-elle objecté. Et d'enfoncer le clou : “Nous sommes face à un mécanisme qui vise à semer le doute et à empoisonner le débat public. Ce n'est pas un hasard si ce reportage est diffusé deux mois avant les élections municipales”.  

Stora dénonce une “manipulation”  


Ces critiques font écho à celles formulées deux jours plus tôt par Benjamin Stora. L'historien, spécialiste reconnu de l'Algérie coloniale et auteur du rapport sur les questions mémorielles remis à Emmanuel Macron en 2021, a lui aussi pris ses distances avec le programme. Sur la chaîne AL24 News, il a dénoncé une véritable “manipulation médiatique”.  


Benjamin Stora affirme avoir accepté de participer à une interview d'une heure et demie, filmée dans un lieu hautement symbolique : le Musée de l'Homme, où sont conservés les crânes de résistants algériens décapités durant la colonisation. Il y avait longuement développé l'histoire des « mémoires douloureuses » qui grèvent encore les relations bilatérales. Las : au montage final, il ne reste que deux phrases, soit une dizaine de secondes, “sans rapport avec le fond de mon analyse”, déplore-t-il.  


L'historien fustige également le choix éditorial d'avoir mis en avant des “pseudo-influenceurs” présentés comme des opposants politiques, au détriment d'une analyse historique rigoureuse. “Ce procédé affaiblit le débat démocratique et complexifie considérablement des relations déjà très difficiles”, regrette celui qui parle d'une “occasion ratée une fois de plus”.  


Alger hausse le ton  


Le reportage a provoqué une vive réaction officielle à Alger. Dès le samedi 25 janvier, le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d'affaires de l'ambassade de France pour lui signifier la “condamnation avec une extrême vigueur” du gouvernement algérien. Dans un communiqué au vitriol, les autorités ont qualifié l'émission de “tissu de contre-vérités” et de “véritable agression contre l'État algérien, ses institutions et ses symboles”.  


Alger a également pointé la participation à l'émission de l'ambassadeur de France Stéphane Romatet, rappelé à Paris depuis avril dernier, y voyant la preuve d'une “campagne hostile” bénéficiant d'une “onction officielle”. Le ministère algérien a prévenu que le pays “se réserve le droit de donner toutes les suites que commande la gravité de ces agissements”.  


C'est dans ce climat inflammable que Ségolène Royal a entamé lundi sa visite algérienne, à l'invitation de la Chambre de commerce et d'industrie. Fraîchement nommée à la tête de l'Association France-Algérie, elle entend se poser en bâtisseuse de ponts là où d'autres dressent des murs.  


Reçue en audience par le président Tebboune, elle s'est félicitée d'une rencontre “qui prouve sa volonté de dialogue dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous”. Son discours plaide pour une “amitié réparée”, fondée sur la reconnaissance des blessures du passé, la restitution des archives coloniales et le respect mutuel “d'égal à égal”. Un message qu'elle promet de porter à Emmanuel Macron à son retour.  


Entre la crise diplomatique ouverte par le soutien français au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental, l'affaire Boualem Sansal et la condamnation du journaliste Christophe Gleizes, les contentieux s'accumulent entre Paris et Alger. Ce reportage controversé, loin d'éclairer le débat public, semble avoir ajouté une couche de brouillard médiatique à une relation déjà profondément abîmée.  

 

Sophie K.  

 

 
 
 
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