Pressions policières : les familles de disparus en Algérie à nouveau ciblées
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Les familles de disparus ont vécu une nouvelle journée de tension lors de leur rassemblement hebdomadaire, lorsqu’un groupe de cinq personnes a été contraint par la police de monter dans un bus malgré leur refus. Arrivées vers 9h30 sur leur lieu habituel de rassemblement, elles ont immédiatement été sommées de se disperser par un important dispositif policier. Face à leur refus, les agents ont arrêté un bus et les ont forcées à y monter, avant qu’elles ne puissent rejoindre le siège de l’association SOS Disparu(e)s.
Les familles ont pris quelques photos devant l’entrée du bureau, puis se sont assises dans les escaliers. Quelques minutes plus tard, huit policiers sont arrivés et leur ont ordonné de quitter les lieux, déclarant : « Vous n’avez rien à faire ici, dégagez. » Malgré cette injonction, les agents ne les ont pas laissées partir librement. Ils les ont escortées à pied jusqu’au commissariat Cavaignac. L’un des membres du groupe, Slimane Hamitouche, a été séparé des autres et emmené dans une voiture de police vers une destination inconnue. Au commissariat, les familles ont été interrogées sur leur identité avant d’être relâchées. À l’heure actuelle, aucune information n’a été fournie sur la localisation ou la situation de Slimane Hamitouche, suscitant une vive inquiétude.
Cet épisode intervient dans un contexte de pressions croissantes contre SOS Disparu(e)s, association emblématique du combat pour la vérité sur les disparitions forcées durant la « décennie noire ». Pendant des années, son bureau a été un lieu de recherche, d’espoir et de partage pour les familles, mais aussi un espace de formation et de conférences sur les droits humains, dans un environnement marqué par la fermeture progressive de l’espace civique. L’association, longtemps dans le viseur des autorités, s’était vu refuser son agrément. Entre 2024 et 2026, son site internet a été censuré en Algérie, et la police est intervenue à plusieurs reprises pour empêcher la tenue d’événements, dont une conférence sur la justice transitionnelle. Sa présidente, Nacera Dutour, elle-même mère de disparu, a été refoulée à l’aéroport et empêchée arbitrairement de rentrer dans le pays. La fermeture de l’association apparaît aujourd’hui comme l’aboutissement d’une série d’intimidations visant à réduire au silence les familles de disparus.
Face à cette situation, la journaliste Yamina Baïr exprime sa solidarité avec Nacera Dutour et les familles. Elle rappelle que leur combat est légitime et que les familles ont le droit de connaître la vérité sur le sort de leurs enfants et de réclamer justice. Pour elle, la disparition forcée demeure une blessure ouverte tant que la vérité n’est pas établie, et la fermeture de SOS Disparu(e)s prive les familles d’un espace essentiel pour documenter leurs histoires, se soutenir mutuellement et porter leur voix dans l’espace public.
Alors que les familles continuent de réclamer vérité et justice, l’absence de nouvelles concernant Slimane Hamitouche ajoute une urgence supplémentaire à leurs inquiétudes. Dans un contexte où les mécanismes de justice transitionnelle restent inexistants et où les espaces de mobilisation se réduisent, leur détermination demeure intacte, mais leur marge d’action se fragilise un peu plus chaque jour.
Nadia B



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