À l’heure de Yennayer, l’amazighité réclame une place pleine et entière en Algérie
- cfda47
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Alors que l’Algérie a célébré Yennayer, le Nouvel An amazigh, le 12 janvier, les débats autour de la reconnaissance pleine et entière de l’identité amazighe continuent d’occuper une place centrale dans l’espace public. Entre avancées institutionnelles, revendications citoyennes et enjeux de droits culturels, la question amazighe demeure l’un des marqueurs les plus sensibles de la diversité algérienne.
L’Algérie est un pays pluriel, dont l’identité s’est construite à travers des strates historiques : amazighe, punique, romaine, arabe, ottomane, puis moderne. Au cœur de cette mosaïque, l’identité amazighe (ou berbère) constitue la racine la plus ancienne du territoire nord‑africain.
Une identité millénaire encore en quête de reconnaissance concrète
L’amazighité constitue la couche la plus ancienne de l’histoire nord‑africaine. Présente dans toutes les régions du pays — de la Kabylie aux Aurès, du M’zab au Hoggar — elle se manifeste par une pluralité linguistique, artistique et sociale.
Pourtant, malgré son enracinement profond, cette identité a longtemps été marginalisée dans les politiques publiques, notamment après l’indépendance, lorsque l’État algérien a privilégié une vision strictement arabo‑musulmane de la nation.
Ce n’est qu’après plusieurs décennies de mobilisation que tamazight a été reconnue langue nationale en 2002, puis langue officielle en 2016. Une avancée saluée par les défenseurs des droits culturels, mais jugée insuffisante tant que l’enseignement, l’administration et les médias ne reflètent pas pleinement cette officialisation.
Un militantisme culturel devenu mouvement citoyen
Le combat amazigh s’est structuré autour de moments fondateurs : le Printemps berbère de 1980, première contestation publique d’ampleur depuis l’indépendance, le boycott scolaire de 1994‑1995, qui a conduit à la création du Haut Commissariat à l’Amazighité et le Printemps noir de 2001, marqué par l’assassinat de 128 jeunes en Kabylie, événement traumatique qui a renforcé les revendications de justice et de reconnaissance.
Aujourd’hui, le militantisme amazigh dépasse largement les frontières régionales. Associations culturelles, collectifs citoyens, enseignants et artistes réclament une mise en œuvre réelle des droits linguistiques et culturels garantis par la Constitution.
Pour eux, la question amazighe n’est pas un dossier identitaire parmi d’autres, mais un enjeu de droits humains fondamentaux : droit à la langue, à la culture, à la mémoire et à l’égalité.
Yennayer : une fête populaire devenue symbole politique
Depuis 2018, Yennayer est un jour férié national, une décision largement perçue comme une victoire symbolique.
Dans les foyers comme dans les espaces publics, la fête a été célébrée cette année encore par des repas traditionnels, des chants, des danses et des rituels de prospérité.
Mais derrière la dimension festive, Yennayer est devenu un marqueur politique. Pour de nombreux citoyens, sa reconnaissance officielle doit s’accompagner d’une politique culturelle cohérente :
généralisation de l’enseignement du tamazight, formation d’enseignants qualifiés, présence accrue de la langue dans les institutions et protection des pratiques culturelles locales.
Les défenseurs des droits humains rappellent que la diversité culturelle n’est pas une menace pour l’unité nationale, mais un levier de cohésion et un rempart contre les discriminations.
Des défis persistants
Malgré les progrès, plusieurs obstacles demeurent: un enseignement du tamazight encore inégal selon les régions, une absence d’usage administratif réel,
• des tensions politiques autour de la question identitaire et des discours stigmatisants qui persistent dans certains espaces publics.
Les organisations de défense des droits humains appellent à une approche inclusive, fondée sur la reconnaissance de la pluralité culturelle du pays et sur la participation active des communautés concernées.
Un enjeu national, pas régional
L’amazighité n’est pas l’affaire d’une région ou d’un groupe, mais un patrimoine commun à tous les Algériens. À l’heure où le pays cherche à renforcer ses institutions et à consolider ses libertés publiques, la reconnaissance effective des droits culturels amazighs apparaît comme un test de maturité démocratique.
Yacine M