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À Zitouna, les habitants descendent dans la rue pour réclamer le retour de l’eau

  • il y a 16 minutes
  • 2 min de lecture

La pénurie d’eau qui frappe Zitouna révèle une mécanique bien connue dans l’Est algérien : un territoire abondant en ressources hydriques mais incapable de les distribuer de manière régulière. À la Cité des Martyrs, les habitants ont vu le feu reculer sans que l’eau ne revienne, comme si la catastrophe naturelle avait simplement mis en lumière une crise plus ancienne. Après avoir fui les flammes, ils se retrouvent à acheter des citernes à 3 000 dinars pour boire, cuisiner, se laver, maintenir un semblant de quotidien. Le geste de bloquer la RN 82 n’est pas un réflexe de colère, mais un acte de survie.


Zitouna est une commune de la wilaya d’El Tarf, tout à l’extrême nord‑est de l’Algérie, à la frontière tunisienne. C’est une zone rurale et forestière, enclavée, située entre Bouhadjar, Aïn Kerma et Hammam Béni Salah, dans un relief de collines et de forêts de chênes-lièges particulièrement exposé aux incendies estivaux. Ce qui se joue aujourd’hui à Zitouna dépasse la simple coupure technique. La région d’El Tarf est l’une des plus arrosées du pays, mais son réseau souffre d’un vieillissement chronique, de fuites massives, d’une gestion erratique et d’une incapacité à absorber les pics de consommation estivaux. Chaque été, les mêmes quartiers se retrouvent sans eau pendant quinze, vingt, parfois trente jours. Les habitants le savent, les responsables locaux aussi, mais rien ne change. Les incendies récents ont simplement rendu cette défaillance intenable : comment protéger sa maison quand les robinets sont secs ? Comment humidifier les abords pour ralentir les flammes ? Comment fuir un danger pour en retrouver un autre, plus silencieux mais tout aussi destructeur ?


Le blocage de la route apparaît alors comme le dernier levier disponible pour des familles qui disent avoir alerté l’APC, la daïra, l’Algérienne des eaux, sans réponse concrète. La protestation devient un moyen de rappeler que l’eau n’est pas un confort mais un droit fondamental, et que l’absence de ce droit fragilise tout le reste : la santé, la sécurité, la dignité. Dans les zones rurales et les mchâtis, la situation est encore plus critique, les citernes plus rares, les distances plus longues, les alternatives inexistantes.


Cette crise locale s’inscrit dans une dynamique nationale où les pénuries d’eau ne sont plus seulement liées à la sécheresse ou au changement climatique, mais à une gouvernance incapable d’anticiper, de maintenir, de moderniser. Zitouna n’est pas un cas isolé : elle est un symptôme. Et tant que les solutions resteront ponctuelles — camions-citernes, promesses de réparation, distributions exceptionnelles — la colère reviendra, tout comme les blocages de routes, les files d’attente, les bidons alignés devant les maisons.


À Zitouna, le feu s’est éloigné, mais l’eau n’est toujours pas revenue. Ce contraste dit tout : l’urgence climatique rencontre l’urgence sociale, et les habitants se retrouvent seuls à gérer les deux.


Yacine M

 
 
 

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