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À la Cour d’Alger, une série d’acquittements qui fissure la logique répressive

  • il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours

L’audience qui s’est tenue ce 3 mai 2026 à la Cour d’Alger restera comme l’un des moments les plus inattendus d’un dossier qui aura pesé pendant près de cinq ans sur des dizaines de familles. Devant le tribunal criminel de deuxième instance, quarante-neuf détenus d’opinion ont enfin vu leur sort réexaminé, dans une atmosphère mêlant tension, fatigue et espoir retenu. Les décisions rendues ont surpris par leur ampleur, ouvrant une brèche dans une mécanique judiciaire qui semblait jusque‑là immobile.


La Cour d’Alger a vécu ce 3 mai 2026 l’une de ses audiences les plus attendues depuis plusieurs années, avec le jugement en appel de quarante-neuf détenus d’opinion poursuivis dans un dossier ouvert en juin 2021. Après près de cinq ans de procédures, de renvois successifs et d’incertitudes, la deuxième instance du tribunal criminel a prononcé une série d’acquittements qui marquent un tournant inattendu dans une affaire devenue emblématique des dérives judiciaires de l’après‑Hirak. Plusieurs figures connues du milieu associatif et militant ont été innocentées, parmi lesquelles Mira Moknache, Bouaziz Aït Chebib, Hocine Azem, Mourad Chaabane, Lounès Hamzi, Abdenour Abdesselam, Mustapha Akouche, Kaci Akouche, Madjid Bentaleb, Noureddine Redouane, Larbi Yahioun, Hakim Khebzaoui, Toufik Boulkaria, Hocine Bouhala, Faouzi Benyakhlef, Tahar Amichi, Nadir Chelbabi et Mouloud Mebarki. Pour d’autres, les peines prononcées ont été couvertes par la détention déjà purgée, ce qui, dans un contexte normal, aurait dû ouvrir la voie à une libération immédiate.


Mais la réalité judiciaire algérienne demeure plus complexe. Plusieurs des acquittés ou des condamnés à des peines couvertes ne quitteront pas la prison, car ils restent poursuivis dans d’autres affaires, parfois ouvertes dans des wilayas différentes, parfois liées à des faits similaires, parfois fondées sur des dossiers montés en parallèle. Ce mécanisme, désormais bien connu des avocats et des familles, neutralise en partie la portée concrète des décisions rendues aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que l’audience du 3 mai constitue un signal rare, presque inattendu, dans un climat où les verdicts lourds et les prolongations de détention préventive avaient fini par devenir la norme.


Dans les couloirs du tribunal, l’atmosphère mêlait soulagement, prudence et fatigue. Les proches présents depuis le matin ont accueilli les acquittements comme une victoire arrachée après des années d’angoisse, mais sans illusion sur la suite. Les avocats, eux, parlent d’un jugement qui rompt avec la logique répressive des dernières années, tout en rappelant que la véritable mesure d’un apaisement ne peut se lire que dans la libération effective des détenus et dans la fin des poursuites multiples qui maintiennent des dizaines de personnes dans un cycle judiciaire sans fin. Le dossier des quarante-neuf prévenus restera comme l’un des plus lourds de la période post‑2021, et la décision rendue aujourd’hui ouvre une brèche, mais pas encore une issue.


Alors que les familles se préparent à de nouvelles démarches, que certains détenus espèrent une prochaine audience dans un autre dossier et que d’autres restent suspendus à des enquêtes encore ouvertes, une question demeure : cette série d’acquittements marque‑t‑elle le début d’un véritable changement ou seulement une parenthèse dans une mécanique qui, depuis des années, broie militants, syndicalistes, étudiants et citoyens engagés ? Pour l’heure, la journée du 3 mai 2026 restera comme un moment de respiration dans un paysage judiciaire saturé de tensions, mais aussi comme un rappel que l’emprisonnement et le harcèlement des militant‑e‑s demeurent une réalité quotidienne tant que les poursuites parallèles et les détentions prolongées ne seront pas définitivement levées.


Nadia B

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