Algérie : Réformer la magistrature… ou renforcer le contrôle ?
- cfda47
- 14 oct.
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Dernière mise à jour : 19 oct.

Le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé, le 13 octobre 2025, la promulgation prochaine d’un nouveau statut de la magistrature, censé garantir l’indépendance des juges. Une promesse qui, sur le papier, répond à une exigence démocratique. Mais dans le contexte algérien actuel, cette annonce soulève plus de doutes que d’espoirs.
Lors d’un discours le 13 octobre, le président a promis une réforme du statut des magistrats avant fin 2025, censée garantir leur indépendance. Cette annonce intervient dans un climat de méfiance croissante envers l’appareil judiciaire, notamment après plusieurs affaires de détention préventive prolongée.
Une indépendance judiciaire en trompe-l’œil
Depuis plusieurs années, les magistrats algériens dénoncent les pressions politiques, les mutations arbitraires et les instructions venues d’en haut. Les affaires de détention préventive prolongée, notamment dans les dossiers liés à la presse ou à l’opposition, illustrent une justice instrumentalisée. Promettre une réforme sans consultation des syndicats de magistrats ni débat public ressemble davantage à une opération de communication qu’à une volonté de transformation.
Une réforme annoncée… après un remaniement suspect
L’annonce intervient quelques jours après le limogeage du Premier ministre Nadir Larbaoui, remplacé par Sifi Ghrieb, ancien ministre de l’Intérieur. Ce timing interroge : pourquoi parler d’indépendance judiciaire alors que l’exécutif resserre son emprise sur les institutions ? Le choix d’un profil sécuritaire pour diriger le gouvernement renforce les soupçons d’un pouvoir qui veut contrôler, non libérer.
Une réforme sans texte, sans débat, sans garanties
Aucune version du projet de statut n’a été rendue publique. Aucun calendrier précis n’a été communiqué. Aucun mécanisme de concertation n’a été mis en place. Cette opacité est en contradiction flagrante avec les principes de transparence et de participation qui devraient guider toute réforme institutionnelle.
Une société civile mise à l’écart
Les avocats, les journalistes, les défenseurs des droits humains, tous concernés par l’indépendance de la justice, n’ont pas été associés à cette annonce. Dans un pays où les procès politiques se multiplient, où les verdicts sont souvent perçus comme dictés par le pouvoir, cette exclusion est un signal inquiétant.
Réformer la magistrature est une nécessité. Mais sans débat, sans garanties, et dans un climat de verrouillage politique, cette réforme risque de n’être qu’un habillage juridique d’un contrôle renforcé. L’indépendance ne se décrète pas : elle se construit avec les juges, les citoyens, et la société civile.
Nadia B



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