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L'effacement progressif de Tebboune interroge sur l'exercice du pouvoir

il y a 8 heures
4 min de lecture

Pour inaugurer la 29e édition du Salon international du livre d'Alger (SILA), Abdelmadjid Tebboune a dépêché, mercredi 28 octobre, le président du Conseil de la nation, Azzouz Nasri, accompagné de la présidente de l'Assemblée populaire nationale (APN), Khalida Boufedeche, ainsi que de plusieurs membres du gouvernement. La veille déjà, c'est le Premier ministre, Sifi Ghrieb, qui avait été chargé de représenter l'Algérie au sommet Russie-Afrique organisé à Moscou.


Cette nouvelle délégation de pouvoir s'inscrit dans une tendance désormais bien installée. Depuis plusieurs mois, le chef de l'État apparaît de moins en moins en public et réduit considérablement ses déplacements, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Une situation qui alimente les interrogations sur sa capacité physique, mais aussi politique, à exercer pleinement les fonctions présidentielles.


Depuis le début de l'année 2026, Abdelmadjid Tebboune n'a effectué qu'un seul déplacement officiel à l'étranger, en juillet, en Allemagne. Une visite en Espagne, pourtant annoncée pour la fin du mois d'octobre, a finalement été annulée. Pour un chef d'État à la tête d'un pays en quête d'investissements, de partenariats économiques et d'alliances diplomatiques, ce rythme apparaît exceptionnellement faible. Déjà en 2025, ses voyages à l'étranger se comptaient sur les doigts d'une seule main.


Mais au-delà de la question des déplacements, c'est son absence répétée des grands rendez-vous internationaux qui interpelle. Sommets de l'Union africaine, réunions de la Ligue arabe, Assemblée générale des Nations unies à New York : autant d'événements auxquels l'Algérie est désormais représentée par le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères ou les présidents des deux chambres parlementaires. Une représentation de rang inférieur qui réduit mécaniquement la visibilité diplomatique du pays sur la scène internationale.


Cette situation n'est pas sans rappeler celle observée sous le règne d'Abdelaziz Bouteflika, notamment à partir de son troisième mandat. À une différence près : à l'époque, malgré l'opacité entourant son état de santé, les Algériens étaient conscients de la gravité de sa maladie. Concernant Abdelmadjid Tebboune, aucune information officielle n'est venue éclairer les interrogations persistantes sur sa condition physique.


Une activité institutionnelle maintenue mais confinée

L'effacement du chef de l'État ne signifie toutefois pas une disparition complète de la scène politique. Ces dernières semaines, Abdelmadjid Tebboune a continué à présider des Conseils des ministres, à recevoir des responsables étrangers et à intervenir publiquement sur plusieurs dossiers économiques et sociaux. Il a également accordé début octobre un long entretien à la presse nationale consacré aux questions économiques, diplomatiques et sécuritaires.


Cependant, ces apparitions demeurent essentiellement confinées aux enceintes officielles d'Alger et ne s'accompagnent pratiquement plus de déplacements sur le terrain.


Une présence devenue exceptionnelle en province

À l'intérieur du pays, le constat est tout aussi frappant. En dehors d'un déplacement effectué fin janvier à Béchar et Tindouf pour l'inauguration du corridor ferroviaire lié au projet de Gara Djebilet, Abdelmadjid Tebboune ne s'est rendu dans aucune autre wilaya durant l'année. Sa dernière véritable visite de terrain remonte ainsi à plusieurs mois.


Lorsque les incendies ont ravagé plusieurs régions du centre et de l'est du pays au cours de l'été, le président s'est limité à adresser un message de condoléances avant d'effectuer une visite à l'hôpital des Grands Brûlés de Zéralda. Aucun déplacement n'a eu lieu dans les zones sinistrées.


Aujourd'hui, les activités présidentielles se déroulent essentiellement entre le palais d'El Mouradia et les résidences présidentielles de Club-des-Pins et de Zéralda, renforçant le sentiment d'un exercice du pouvoir de plus en plus distant.


Santé, sécurité : beaucoup de rumeurs, peu de transparence

Cette raréfaction des apparitions nourrit naturellement les spéculations. Plusieurs sources évoquent depuis longtemps une dégradation de l'état de santé du président. Des informations non confirmées font état de séquelles importantes liées à son hospitalisation à l'étranger en 2020.


D'autres explications circulent au sein des cercles du pouvoir, certaines évoquant une prudence sécuritaire accrue, voire une méfiance grandissante du chef de l'État à l'égard des sorties publiques.


Mais aucune de ces hypothèses n'a été confirmée officiellement. En l'absence de communication transparente sur la santé du président ou sur les raisons de la réduction de ses activités publiques, les rumeurs prospèrent et alimentent les interrogations.


La question de fond : qui gouverne ?

Plus que l'état de santé lui-même, c'est la question du fonctionnement du pouvoir qui se pose aujourd'hui. L'Algérie demeure un régime fortement présidentialisé où les décisions majeures dépendent largement du chef de l'État. Dans un tel système, chaque retrait, chaque absence prolongée ou chaque délégation répétée de représentation officielle suscite inévitablement des interrogations sur la réalité de l'exercice du pouvoir.


Le problème n'est donc pas seulement la condition personnelle d'Abdelmadjid Tebboune. Il réside aussi dans l'absence de mécanismes institutionnels de transparence permettant aux citoyens de savoir dans quelles conditions leur président exerce effectivement ses responsabilités.


À mesure que les déplacements se raréfient et que les représentations se multiplient, une question revient avec insistance dans les milieux politiques algériens : Abdelmadjid Tebboune dirige-t-il encore pleinement l'État ou assiste-t-on progressivement à une présidence confinée, éloignée du terrain et de la scène diplomatique internationale ?


Essaïd Wakli


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