L’ombre de Washington sur la diplomatie algérienne
- 22 mars
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Dans un communiqué diffusé par la présidence de la République algérienne, on apprend que le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a reçu un appel téléphonique de la part de Massad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, pour lui souhaiter une « bonne fête de l’Aïd ».
Contrairement aux autres communications officielles, ce communiqué de la présidence de la République pose problème. Car, l’appel téléphonique dont il s’agit ici ne provient pas d’un chef d’Etat étranger comme cela se passe régulièrement lors des fêtes religieuses ou d’autres occasions importantes. Ni même pas d’un premier ministre (ce qui serait normal dans un pays à régime parlementaire) ou même du secrétaire d’Etat des Etats-Unis ! Il s’agit d’un conseiller du chef de l’Etat américain qui s’adresse au président de la République algérienne. L’interlocuteur de Mr Tebboune est donc d’un rang largement inférieur.
Le problème ici n’est pas tant l’appel téléphonique échangé entre deux hommes, quelque soit le rang de chacun des deux, mais la publication d’une telle information. Car, rendre public un échange entre un président de la République et un dirigeant étranger de rang largement inférieur signifie une minoration de la fonction du chef de l’Etat algérien. Là, il ne s’agit pas d’un homme ou d’un personnage isolé, mais plutôt de la plus haute fonction dans la hiérarchie de l’Etat algérien qui doit en principe avoir comme seuls interlocuteurs les chefs d’Etats, ou de gouvernements.
En diffusant l’information, les services de la présidence de la République n’ignorent sans doute pas ce détail. Ils savent très bien que cela ne passe pas, même si en ces temps de répression, personne n’osera critiquer publiquement cet acte. Mais ils l’ont fait pour une raison très simple : faire plaisir au président américain (si tant est qu’il soit au courant de cet échange !) et dire publiquement que l’Algérie est en harmonie avec les responsables américains.
En vrai, cette propension à tout faire pour plaire à Washington ne date pas d’aujourd’hui. Elle est perceptible depuis le retour aux affaires de Donald Trump. Sur le dossier du Sahara Occidental, la Palestine, le kidnapping de l’ancien président du Vénezuéla Nicolas Maduro, ou l’actuelle guerre en Iran, le gouvernement algérien fait tout pour éviter de susciter les foudres du chef de l’Etat américain. Quitte à renier les principes qui ont toujours guidé sa diplomatie, l’Algérie a voté les yeux fermés la résolution du Conseil de sécurité portant sur l’avenir de Gaza alors qu’elle aurait pu au moins s’abstenir. Alger est allé plus loin en ignorant son allié stratégique qu’est l’Iran pour afficher un soutien complètement décalé aux pays du Golfe qui abritent pourtant des bases américaines d’où partent des attaques contre Téhéran. Pire, l’Algérie a dénoncé « le viol de la souveraineté » de l’Iran contre les pays du Golfe, mais n’a rien dit sur l’agression américano-israélienne, totalement illégale du point de vue du droit international, contre le pays des Mollahs.
Ce qui se veut être un pragmatisme est en réalité l’expression d’une crainte d’un chef de l’Etat américain aussi versatile que pervers s’agissant de sa gestion des affaires du monde. Et cela, les autorités algériennes ne veulent évidemment pas l’admettre. Mais leurs gestes confirment jour et nuit que la souveraineté est souvent un mot creux destiné à tromper les Algériens !
Essaïd Wakli



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