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Législatives verrouillées, souveraineté confisquée : L’analyse de Karim Tabbou

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 heures

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Karim Tabbou a choisi de consacrer son billet hebdomadaire à la lecture politique des législatives prévues le 2 juillet prochain. Le contexte dans lequel il s’exprime n’est pas anodin : depuis trente-six mois, l’opposant se rend chaque lundi à la caserne de la sécurité intérieure pour satisfaire à une obligation de signature imposée par son contrôle judiciaire. Ce rappel liminaire, loin d’être anecdotique, sert de point d’ancrage à son analyse : la scène politique algérienne demeure, selon lui, structurée par la contrainte, la surveillance et la restriction des libertés publiques.


Karim Tabbou commence par rendre hommage aux journalistes indépendants emprisonnés, notamment Abdelouakil Blam et Hassen Bouras, qu’il décrit comme des symboles d’une parole libre réprimée. Leur détention, affirme-t-il, ne sanctionne pas des actes mais une posture : celle d’avoir refusé la peur et défendu la liberté. Cette référence place d’emblée le débat électoral dans un cadre plus large, celui d’un pays où l’expression critique reste étroitement contrôlée.


Dans ce climat, l’annonce du scrutin législatif ne suscite, selon lui, ni mobilisation ni débat réel. La proposition du chef du RND d’instaurer une obligation de vote, largement relayée par les médias publics, est interprétée comme un aveu : le pouvoir serait toujours hanté par le désaveu populaire. Le silence massif de la population, loin d’être une démission, constituerait un jugement politique. Tabbou insiste sur cette idée : dans un pays où la parole publique est risquée, le silence devient une forme d’expression, un refus de participer à ce qu’il qualifie de « parodie électorale ».


L’opposant estime que les législatives ne relèvent plus d’une compétition politique mais d’une procédure administrative. Les règles du jeu, les acteurs autorisés, la composition de l’Assemblée et même les résultats attendus seraient, selon lui, déterminés en amont. L’élection, dans sa conception moderne, suppose des enjeux, des acteurs autonomes et un débat ouvert ; or, aucun de ces éléments ne serait aujourd’hui réuni. Le processus serait verrouillé à tous les niveaux, transformant la compétition en simple formalité.


Face aux arguments récurrents avancés contre le boycott — participation tactique, existence de candidats « moins pires », utilité de la tribune parlementaire — Tabbou oppose deux constats. Le premier est historique : toutes les tentatives de réforme de l’intérieur auraient échoué, contribuant à la régénération du système et au discrédit de ceux qui s’y sont engagés. Le second est institutionnel : l’Assemblée nationale, réduite à une chambre d’enregistrement, n’aurait jamais produit de contre‑pouvoir réel. Trente années d’expérience parlementaire n’auraient permis ni l’adoption de lois structurantes issues de l’opposition, ni la mise en place de commissions d’enquête significatives, ni l’adoption d’amendements substantiels. La parole critique, parfois brillante, resterait sans conséquence.


Pour Tabbou, l’essentiel se joue ailleurs : dans les mécanismes informels de sélection des candidats. La représentation politique ne procèderait pas du suffrage mais d’arbitrages opérés par la « police politique ». La compétition céderait la place à la cooptation, produisant une classe politique dépendante du système et contribuant à sa reproduction. Dans ce cadre, le désengagement citoyen prend tout son sens. Héritage direct du Hirak, il constituerait une position politique assumée : le refus de cautionner un processus vidé de sa crédibilité.


L’argument de la « tribune parlementaire » est, selon lui, dépassé. L’Assemblée serait aujourd’hui l’un des espaces les plus contrôlés du pays, où les propositions sont filtrées, les débats neutralisés et la visibilité réduite. Les véritables espaces d’expression se seraient déplacés vers d’autres sphères, notamment numériques, où la parole échappe davantage aux mécanismes traditionnels de contrôle.


Pour Tabbou, la crise n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Elle ne peut être corrigée à la marge. Elle exige une refondation profonde : indépendance des institutions, garanties effectives des libertés publiques, réhabilitation du suffrage universel comme instrument réel de décision. Organiser une élection ne suffit pas à produire de la démocratie, insiste-t-il ; encore faut-il que les conditions d’exercice de la souveraineté populaire soient réunies.


L’opposant conclut en affirmant que la seule compétition réellement tolérée aujourd’hui est une « course à la soumission », où les acteurs politiques rivalisent non pour convaincre le peuple mais pour obtenir l’agrément du pouvoir. Ceux qui s’y engagent ne peuvent, selon lui, reprocher à d’autres d’assumer une rupture. Il rappelle le prix payé par les détenus d’opinion, réduits au silence, et par ceux qui, à l’extérieur, subissent interdictions, contraintes judiciaires et marginalisation. Dans ce paysage politique figé, chacun devra assumer ses choix, et l’histoire, dit-il, en retiendra la trace.


Lila M

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