Mine de plomb et zinc d’Amizour : un expert tire la sonnette d’alarme (vidéo)
- il y a 32 minutes
- 2 min de lecture

Depuis plusieurs années, les autorités algériennes — au premier rang desquelles le président Abdelmadjid Tebboune — présentent la mine de plomb et de zinc de Tala‑Hamza, à Amizour (Béjaïa), comme un projet capable de relancer l’économie nationale. Le discours officiel s’est progressivement amplifié, allant jusqu’à qualifier le site de « deuxième plus grande mine de zinc au monde », un argument devenu central dans la communication gouvernementale.
Pour mener à bien l’exploitation du gisement, l’État a confié la gestion du projet à la société australienne Terramin, associée à deux organismes publics : l’Entreprise nationale des produits miniers non ferreux (ENOF) et l’Office national de la recherche géologique et minière (ORGM).
Sur le papier, le projet affiche des ambitions relativement modestes. Sur vingt ans d’exploitation, il devrait générer un revenu cumulé d’un peu plus de 5,6 milliards de dollars, pour un excédent brut d’exploitation estimé à 3,1 milliards. Ces prévisions reposent toutefois sur des hypothèses fragiles : prix du zinc et du plomb à long terme, coûts d’exploitation supposés compétitifs, stabilité du marché international. Autant de paramètres qui rendent ces projections hautement aléatoires.
Pour atteindre ces objectifs, les entreprises impliquées devront arracher des oliveraies, démolir des habitations et accepter le risque de contaminer la nappe phréatique. La région, riche en eaux souterraines, est classée réserve mondiale de biosphère, ce qui renforce les inquiétudes quant à l’impact environnemental.
Malgré le silence imposé autour du dossier, plusieurs spécialistes continuent d’alerter sur les conséquences d’un projet jugé à la fois risqué et faiblement rentable. Parmi eux, Si Ahmed Sidi Menad, expert en environnement et climat auprès de l’ONUDI. Dans une vidéo publiée sur la page de son ONG Tafelwit.org, il dénonce « une grave atteinte à l’environnement (…) pour une rentabilité faible », qu’il estime à environ 60 millions de dollars par an. « Pour un pays comme l’Algérie, 60 millions de dollars par an, c’est insignifiant… », s’indigne-t-il. Il conteste également la communication officielle : « C’est faux : Tala Hamza n’est pas la deuxième ou troisième mine de plomb et de zinc au monde ! Elle se situe plutôt entre la 10ᵉ et la 15ᵉ place. »
Au-delà de la rentabilité, l’expert onusien s’inquiète surtout de l’impact écologique dans une région densément boisée. Il lance un véritable réquisitoire : « J’accuse tous ces décideurs qui sont derrière cette machination… J’accuse ceux qui savent et se taisent… Honte à eux. Et viendra le jour où ils devront répondre de leurs actes, car il n’y a aucune prescription pour ce genre de méfait. »
Malgré les alertes d’experts, les mobilisations citoyennes et l’opposition des habitants, les autorités ont refusé de revenir sur leur décision. Fin mars, elles ont officiellement lancé les travaux d’exploitation, après avoir conclu un accord d’indemnisation avec les propriétaires des terrains concernés.
En s’exprimant publiquement, Si Ahmed Sidi Menad s’expose désormais à des représailles judiciaires, dans un contexte où les voix critiques sont régulièrement poursuivies. En tant que lanceur d’alerte, il prend le risque d’être traduit en justice, voire incarcéré, pour avoir dénoncé un projet que les autorités présentent comme stratégique. Une menace qui plane désormais sur toute personne osant contester la version officielle.
Essaïd Wakli