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Amnesty International réclame l'annulation de la fermeture du bureau de SOS Disparus à Alger

  • 20 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 mars

La police a mis sous scellés le 16 mars 2026 les locaux de l'organisation, qui réclame depuis vingt-cinq ans vérité et justice pour les milliers de personnes disparues durant la décennie noire. Amnesty International exige l'annulation immédiate de cette décision.  


Le 16 mars 2026, vers 13h30, une cinquantaine de policiers en uniforme se sont présentés au siège algérois de SOS Disparus. Munis d'une décision de fermeture datée du 12 mars et signée par le gouvernorat d'Alger, ils ont mis sous scellés les locaux de l'organisation. Le prétexte avancé : l'absence d'enregistrement officiel. Pour Amnesty International, qui a réagi le lendemain même, il s'agit d'une décision politique destinée à étouffer les dernières voix réclamant vérité et justice pour les disparus de la décennie noire.  


SOS Disparus n'est pas une association comme les autres. Créée en 2001 comme antenne algéroise du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), elle est née du combat d'une femme : Nassera Dutour, dont le fils Amine Amrouche, 21 ans, a disparu en janvier 1997 à Baraki, en banlieue d'Alger. Depuis Paris, où elle avait fondé le CFDA en 1998, elle avait rassemblé autour d'elle des familles confrontées au même drame. Au fil des années, l'organisation a constitué minutieusement des dossiers sur les disparus, recensant à ce jour 8 000 cas. La Ligue algérienne des droits de l'homme, elle, parle de 20 000 disparitions. Le Centre international pour la justice transitionnelle estime que le conflit des années 1990 a laissé quelque 150 000 morts et au moins 7 000 disparus.  


Pendant près de trois décennies, les autorités ont refusé d'enregistrer l'organisation tout en la laissant opérer. Ce paradoxe calculé a finalement servi de prétexte à sa fermeture. La loi 12-06, régulièrement décriée par les organisations internationales, prévoit des critères si vagues qu'ils permettent aux autorités d'empêcher toute association dont l'objet dérange. SOS Disparus dérangeait. Elle refusait de se plier au silence imposé par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, adoptée par référendum en 2005 sous Bouteflika, qui avait organisé une amnistie généralisée pour les forces de sécurité et les groupes armés, menaçant de prison quiconque oserait contester l'oubli officiel.  


La mise sous scellés de mars 2026 s'inscrit dans une séquence de pressions qui s'est accélérée depuis deux ans. En février 2024, les locaux avaient déjà été encerclés pour empêcher la tenue d'une conférence sur la justice transitionnelle. En mai 2025, le site internet de l'organisation est devenu inaccessible depuis l'Algérie. Puis est venu l'épisode le plus brutal : le 30 juillet 2025, Nassera Dutour, munie de son passeport algérien, débarque à Alger, se présente à la douane, est retenue plusieurs heures, puis renvoyée vers Paris sans qu'aucune justification ne lui soit fournie. Ses passeports lui sont confisqués, puis restitués à bord du vol retour. Le procès-verbal de refoulement ne porte ni signature ni motif, en violation directe de l'article 49 de la Constitution algérienne, qui garantit à tout citoyen le droit d'entrer sur son propre territoire. De retour en France, elle a saisi le tribunal administratif d'Alger. Le ministère de l'Intérieur, pourtant dûment notifié, n'a à ce jour transmis aucune réponse à la juridiction.  


Aussi, la fermeture de SOS Disparus prolonge une liquidation méthodique de la société civile indépendante. En juin 2022, le tribunal administratif d'Alger avait prononcé la dissolution de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH), fondée en 1985, à la suite d'une plainte du ministère de l'Intérieur, sans que l'organisation n'ait été informée de la procédure. Dans son rapport 2024 sur l'Algérie, le Rapporteur spécial de l'ONU Clément Voule a relevé que militants et journalistes continuaient à faire l'objet de détentions arbitraires et que des associations étaient arbitrairement dissoutes ou se voyaient refuser l'enregistrement. Sur plus de 137 000 organisations de la société civile recensées en Algérie, seules 25 se consacrent spécifiquement aux droits humains.  


Amnesty International réclame l'annulation immédiate de la fermeture et rappelle que le droit international protège les associations enregistrées ou non. “Aux termes du droit international, le droit à la liberté d'association protège les groupes enregistrés ou non, et aucune association ne devrait être sanctionnée ou fermée parce qu'elle fonctionne sans reconnaissance officielle”, rappelle Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

“À plus forte raison une organisation fournissant la seule lueur d'espoir à des familles souhaitant obtenir des réponses et l'établissement des responsabilités pour les milliers de personnes victimes d'une disparition forcée aux mains des forces de sécurité ou des milices durant le conflit armé interne des années 1990.”  

Nassera Dutour, elle, n'a jamais varié. “Les dossiers sont dans une base de données qu'on ne peut pas détruire. On a préparé la relève, même après notre mort, on va continuer à réclamer la vérité”.  


Amine B.  

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