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Fatma Oussedik censurée à Alger : son livre saisi, la librairie fermée

  • il y a 6 heures
  • 3 min de lecture

La présentation-dédicace du livre « Les identités rebelles » de la sociologue Fatma Oussedik, prévue samedi à 14h à la librairie des Beaux-Arts d’Alger, a été interdite. Vers 16h40, des policiers sont intervenus pour saisir les exemplaires disponibles et ordonner la fermeture immédiate du magasin. L’information a été confirmée par Arezki Aït Larbi, fondateur des éditions Koukou qui publient l’ouvrage.


Le geste, brutal et inattendu, résonne pourtant avec une ironie parfaite. Oussedik, 76 ans, professeure émérite de sociologie et d’anthropologie à l’université d’Alger et chercheuse associée au CREAD, a consacré une grande partie de son œuvre à analyser les mécanismes de domination sociale, la fabrication des identités et les stratégies de survie face à un État centralisateur. Interdire la présentation d’un livre intitulé « Les identités rebelles » revient, en creux, à en confirmer la thèse avant même que le lecteur n’en ouvre la première page.


Pour les éditions Koukou, la librairie des Beaux-Arts n’est que le dernier théâtre d’un bras de fer engagé depuis 2022 avec le ministère de la Culture. La maison a été exclue du SILA trois années de suite, sans décision de justice, au motif que ses publications seraient « destructrices » ou « porteraient atteinte à l’image de l’Algérie », selon les propos du président de la commission de censure rapportés devant un juge d’instruction. En octobre 2024, à Ath Ouacif, le ministère avait même conditionné l’autorisation du Salon du livre amazigh à l’exclusion de Koukou, refusant toutefois de formaliser cette injonction par écrit.


Ce samedi, rue Didouche Mourad, le scénario s’est répété. Selon plusieurs sources, les services de sécurité avaient déjà tenté, quelques jours auparavant, d’empêcher l’organisation de la dédicace en invoquant l’absence d’autorisation. Or, rappellent des éditeurs, jamais une vente-dédicace n’a nécessité un quitus de la wilaya d’Alger — une exigence qui ne s’applique qu’en Kabylie depuis la saisie du livre « Algérie juive » de Hedia Bensahli.


Des témoins rapportent que les policiers ont ordonné aux lecteurs ayant déjà acheté l’ouvrage de le rendre et de se faire rembourser. Les exemplaires ont été saisis, alors même que le livre était en vente depuis plusieurs jours dans d’autres librairies du pays. En fin de journée, les forces de l’ordre sont revenues avec une décision officielle de la wilaya ordonnant la fermeture de la librairie des Beaux-Arts pour un mois — une sanction déjà infligée l’an dernier à la librairie Cheikh de Tizi-Ouzou et aux éditions Frantz-Fanon.


Cette séquence s’inscrit dans un climat plus large de restrictions. Depuis deux ans, les autorités ont empêché la tenue de la quasi-totalité des salons du livre, particulièrement en Kabylie. Les interdictions touchent désormais les ventes-dédicaces elles-mêmes, resserrant encore davantage l’étau sur la vie littéraire et culturelle du pays.


Pendant que Koukou est bloqué, son fondateur souligne que d’autres ouvrages, eux, passent sans encombre : Mein Kampf d’Adolf Hitler, les Mémoires de Mussolini traduits en arabe, ou encore des livres de propagande wahhabite largement subventionnés par l’Arabie saoudite ont bénéficié d’une « surprenante bienveillance » lors des mêmes éditions du SILAKoukou était exclu.


Fatma Oussedik, dont les travaux sur les familles urbaines, les réseaux de clientélisme et les identités minoritaires font référence dans les milieux académiques internationaux, n’est pas une voix marginale. L’interdiction de sa dédicace ne fait pas disparaître son livre des rayons : elle lui offre, paradoxalement, une visibilité que nulle campagne de communication n’aurait pu produire.


Arezki Aït Larbi a annoncé qu’un communiqué détaillé sera publié dimanche par Koukou Éditions.


Essaïd Wakli et Amine B.



 
 
 

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