« Koukou Éditions » met en cause la Bibliothèque nationale après l’interdiction d’une dédicace à Alger
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Le jeudi 16 avril au soir, Arezki Aït Larbi adressait de sa propre initiative un courriel au ministère de la Culture. Il y signalait une erreur typographique sur la couverture du dernier ouvrage de la sociologue Fatma Oussedik, Les identités rebelles, dont les premiers exemplaires venaient à peine de sortir de l’imprimerie. Cinq jours plus tard, sa maison d’édition se retrouvait à répondre publiquement à un communiqué de la Bibliothèque nationale qui l’accusait, en substance, d’avoir publié un livre sans ISBN valide.
L’affaire avait commencé le week-end du 19 avril, quand des policiers en civil avaient interrompu la séance de dédicace prévue à la Librairie des Beaux-Arts, dans le centre d’Alger, avant d’en ordonner la fermeture temporaire. L’événement avait aussitôt alimenté une vague de réactions dans les milieux universitaires et sur les réseaux sociaux, où des comptes accusaient Fatma Oussedik de « fomenter le séparatisme » et d’« attenter à l’unité nationale ». Aucune explication officielle du ministère de l’Intérieur n’avait suivi. C’est finalement la Bibliothèque nationale qui avait pris la parole, invoquant deux irrégularités : absence de dépôt légal dans les délais et publication sans ISBN réglementaire.
Koukou Éditions conteste point par point. Sur le dépôt légal, la maison d’édition explique que les exemplaires n’ont été récupérés à l’imprimerie que dans l’après-midi du jeudi 16 avril, et que la formalité était prévue pour le dimanche suivant, premier jour ouvrable de la semaine. Sur l’ISBN, la réponse est plus documentée. L’ouvrage a obtenu son numéro d’identification le 24 juillet 2025, sous la référence 978-9931-315-80-3, validée par les services du dépôt légal. L’erreur qui a déclenché la polémique est ailleurs : sur les cent premiers exemplaires imprimés, la couverture reproduisait par mégarde l’ISBN du précédent livre de Fatma Oussedik, Avoir un ami puissant, publié par Koukou en 2022. L’ISBN correct figurait, lui, à l’intérieur de l’ouvrage. C’est cette erreur typographique, identifiée après impression et aussitôt signalée au ministère de la Culture, que la Bibliothèque nationale a présentée comme une irrégularité délibérée. Koukou Éditions qualifie cette interprétation de « contre-vérité ».
La maison d’édition relève par ailleurs une évolution notable dans le registre employé par les autorités. Après les accusations de séparatisme diffusées en ligne, le communiqué de la Bibliothèque nationale a, selon Koukou, « ramené le problème à sa dimension administrative et réglementaire ». Sur ce terrain procédural, la maison d’édition dit souscrire au débat, elle qui « a toujours invoqué le respect des lois de la République face à l’arbitraire ». Le nouveau tirage avec l’ISBN corrigé était disponible en librairie le 21 avril. Le dépôt légal a été effectué le même jour.
La Librairie des Beaux-Arts a rouvert le matin du 21 avril. Ce dénouement n’épuise pas les questions que l’épisode a soulevées. Koukou Éditions réclame que Fatma Oussedik soit « rétablie dans son droit à rencontrer ses lecteurs », après l’interruption forcée de la dédicace. La maison d’édition annonce vouloir ouvrir un débat plus large sur la censure exercée « en marge de la légalité », sur les libertés de création intellectuelle et sur l’état d’une filière du livre qu’elle décrit comme agonisante.
Amine B.