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Le Parti des travailleurs appelle à une “détente urgente” et s'inquiète pour la souveraineté minière

  • cfda47
  • il y a 9 minutes
  • 3 min de lecture

Alors que l'économiste Djelloul Slama reste incarcéré pour avoir critiqué le projet phare de Gara Djebilet, la formation de Louisa Hanoune demande la levée des restrictions sur les libertés et l'abrogation de la nouvelle loi minière qui ouvre jusqu'à 80 % du capital aux investisseurs étrangers.  


Le communiqué du Parti des travailleurs (PT) rendu public ce week-end aurait pu passer pour un exercice de rhétorique convenue. Il n'en est rien. En appelant à un “apaisement urgent” du climat politique, syndical et médiatique, la formation de Louisa Hanoune aborde des sujets sensibles : la liberté d'expression des experts, le sort des ressources naturelles et, en filigrane, les équilibres du contrat social que le président Abdelmadjid Tebboune propose aux Algériens.  


L'appel à la libération de Djelloul Slama, cité nommément dans le texte, donne la mesure de l'enjeu. Cet économiste et universitaire, habitué des plateaux télévisés où il livrait des analyses techniques respectées, a disparu il y a une dizaine de jours après une intervention sur la chaîne El Hayat TV. On lui reprocherait d'avoir soumis le méga-projet minier de Gara Djebilet- présenté, faut-il le souligner, par le pouvoir comme le symbole de la renaissance industrielle algérienne- au crible d'une analyse financière rigoureuse.  


Le PT plaide donc pour la “dépénalisation de la liberté d'opinion”, une formule qui résonne avec une acuité particulière dans un pays où, selon les organisations de défense des droits humains, plusieurs centaines de détenus d'opinion se trouvent derrière les barreaux depuis la fin du Hirak. La formation de Louisa Hanoune inscrit le sort de Djelloul Slama dans un contexte plus large, appelant à lever les entraves qui pèsent sur l'activité partisane, syndicale et journalistique.  


C'est sur le terrain économique que le communiqué prend cependant une dimension particulière. Le PT exprime d'abord une fierté sincère devant l'avancement du chantier de Gara Djebilet, dont la ligne ferroviaire de près de mille kilomètres, réalisée “essentiellement par des entreprises publiques nationales” avec le concours de partenaires chinois, entre désormais en phase opérationnelle. Mais cette satisfaction s'accompagne d'une inquiétude clairement exprimée sur la nouvelle loi minière, promulguée par le président Tebboune le 3 août dernier après son adoption par le Parlement.  


Le texte en question constitue une rupture majeure avec la doctrine économique algérienne héritée de la nationalisation des mines en 1966. En supprimant la règle dite “51/49”, qui garantissait jusqu'alors une participation majoritaire de l'État dans les projets stratégiques, la loi 25-12 autorise désormais les investisseurs étrangers à détenir jusqu'à 80 % du capital des sociétés d'exploitation minière. Une évolution que le PT, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et Jil Jadid avaient dénoncée dans un communiqué conjoint publié en juillet, y voyant une remise en cause de la souveraineté économique nationale.  


Le raisonnement du Parti des travailleurs se comprend aisément. Pour cette formation, la réussite du chantier de Gara Djebilet tient précisément au maintien d'un contrôle public sur l'exploitation; un modèle que le nouveau cadre législatif risquerait de compromettre au profit d'intérêts étrangers. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Énergie Mohamed Arkab, assure que la “souveraineté nationale reste une ligne rouge” et que les gisements déjà découverts par l'État ne sont pas concernés par l'ouverture aux capitaux étrangers. Le PT estime néanmoins que le texte ouvre la porte à des dérives, d'autant qu'il supprime également le droit de préemption de l'État.  


Le parti rappelle par ailleurs avoir participé “avec responsabilité et indépendance” aux consultations officielles sur plusieurs textes fondamentaux-révision constitutionnelle, loi sur les partis, code électoral- déposant ses propositions auprès de la présidence et de l'Assemblée populaire nationale. Une manière de réaffirmer sa place dans le jeu institutionnel à l'approche des législatives de 2026, auxquelles Louisa Hanoune a confirmé la participation de sa formation.  

Le communiqué salue enfin le recul du ministère de l'Éducation nationale, qui a renoncé à un programme de formation des enseignants face aux réserves des syndicats autonomes. Le parti y voit la démonstration que le dialogue social demeure le meilleur moyen de prévenir les crises, et appelle le gouvernement à poursuivre sur cette voie en répondant aux revendications des enseignants contractuels.  


Cette posture qui consiste à une participation constructive au dialogue national assortie d'une vigilance affirmée sur les questions de souveraineté et de libertés, situe le PT dans un espace singulier du paysage politique algérien. Un positionnement qui, à quelques mois d'échéances électorales qualifiées de “décisives” par le parti, vise à concilier loyauté institutionnelle et vigilance critique.  


Sophie K  


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