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Algérie : un durcissement continu de la répression, selon le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch

  • il y a 4 minutes
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Human Rights Watch (HRW) a publié son 36ᵉ Rapport mondial, et le chapitre consacré à l’Algérie dresse un tableau particulièrement sombre de l’évolution des droits humains dans le pays. L’organisation internationale y décrit une année marquée par une répression accrue de la dissidence, un resserrement du contrôle sur la société civile et des violations massives des droits des migrants.


L’année 2025, marquée par une série d’arrestations, de procès politiques et d’atteintes aux libertés fondamentales, confirme selon l’ONG une tendance lourde : la criminalisation persistante de la dissidence et l’étouffement de l’espace civique. Les autorités algériennes continuent d’utiliser l’appareil judiciaire, les lois sur la sécurité nationale et les restrictions administratives pour criminaliser l’expression pacifique, limiter les mobilisations sociales et expulser massivement des migrants dans des conditions dangereuses.


Un appareil répressif toujours plus étendu


HRW souligne que les autorités algériennes ont poursuivi leur stratégie de répression systématique de toute forme de contestation, qu’elle soit politique, syndicale ou citoyenne. Les critiques du gouvernement, notamment sur les réseaux sociaux, continuent d’être lourdement sanctionnées.


L’émergence du hashtag #ManichRadi, devenu un symbole de mécontentement social fin 2024, a déclenché une vague d’arrestations. Plusieurs activistes, dont Mohamed Tadjadit, figure emblématique du Hirak, ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour des accusations allant de « l’atteinte à l’unité nationale » à « l’incitation à un attroupement non armé ». Tadjadit, déjà emprisonné à plusieurs reprises depuis 2019, a écopé de cinq ans de prison.


D’autres militants, comme Soheib Dabbaghi, Mehdi Baaziz, ou encore Derama (Abla) Kemari, ont été condamnés pour des publications en ligne critiquant la gestion politique, sociale ou économique du pays.


Journalistes et intellectuels dans le viseur


La liberté de la presse reste fortement compromise. Le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », illustre la sévérité des autorités. Selon Reporters sans frontières, sa condamnation repose sur des rencontres professionnelles avec une source liée au MAK, organisation classée terroriste par Alger.


L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrêté en 2024, a lui aussi été condamné à cinq ans de prison avant de bénéficier d’une grâce présidentielle. Ses déclarations sur la frontière algéro-marocaine ont été jugées attentatoires à la sûreté de l’État.


Liberté d’association : un projet de loi inquiétant


Le rapport pointe également un projet de loi sur les associations qui renforcerait considérablement le contrôle du ministère de l’Intérieur. Les ONG dénoncent un texte aux formulations vagues, qui pourrait rendre quasi impossible l’existence d’associations indépendantes.


Les syndicats ne sont pas épargnés : des enseignants et des médecins résidents mobilisés pour de meilleures conditions de travail ont été arrêtés, poursuivis ou placés sous contrôle judiciaire.


Interdictions de voyager : un outil de pression politique


Les interdictions de voyager, souvent sans notification ni limite de durée, continuent d’être utilisées pour réduire au silence les voix critiques. L’expulsion de Nassera Dutour, présidente de SOS Disparus, à son arrivée à Alger, en est un exemple frappant.


Migrants : des expulsions massives et dangereuses


HRW dénonce des expulsions collectives de migrants subsahariens vers le Niger, souvent menées dans des conditions inhumaines. Entre janvier et avril 2025, environ 5 000 personnes auraient été expulsées, selon Alarme Phone Sahara, qui rapporte également plusieurs décès liés aux conditions extrêmes de ces opérations.


Les autorités nigériennes évoquent même 16 000 expulsions pour les seuls mois d’avril et mai.


Droits LGBTQ+ : une criminalisation persistante


L’article 338 du code pénal, qui criminalise les relations homosexuelles, demeure en vigueur. HRW rappelle que cette disposition expose les personnes LGBTQ+ à des poursuites, à la stigmatisation et à des violences.


Un paysage des droits humains en recul


L’analyse de HRW montre une Algérie où l’espace public se rétrécit, où les libertés fondamentales sont constamment menacées, et où la justice est mobilisée comme instrument de contrôle politique. Malgré les appels répétés des organisations internationales, les autorités semblent poursuivre une stratégie de verrouillage, dans un contexte social et économique tendu.


Ce rapport, dense et documenté, confirme une réalité déjà perceptible depuis la fin du Hirak : la dissidence, même pacifique, est désormais perçue comme une menace à neutraliser plutôt qu’un droit à protéger.


Nadia B





 
 
 
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