“Qui sera solidaire avec vous ?” : Rahmoune rappelle à la classe politique ses silences passés
- 1 juin
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Depuis son exil en France, l'avocat et secrétaire général de la FIDH, Aïssa Rahmoune n'épargne pas les partis politiques algériens qui dénoncent les effets de l'article 200 de la nouvelle loi électorale : ceux qui réclament aujourd'hui la solidarité auraient dû commencer par la pratiquer.
Sur le plateau d'une chaîne privée, Aïssa Rahmoune a réglé ses comptes avec une méthode froide, sans effets de manche. Le secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et coordinateur du Collectif de sauvegarde de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (CS-LADDH) n'avait pas pour cible principale le pouvoir, ou du moins pas en priorité. Ce soir-là, il s'en prenait à ces formations politiques qui découvrent la répression depuis que l'article 200 de la nouvelle loi électorale leur est tombé dessus, celles-là mêmes qui n'avaient rien trouvé à redire quand d'autres en faisaient les frais avant eux.
“Des partis politiques tels que le MDS ou le PST ont été frappés de sanctions, et leurs dirigeants ont traîné devant les tribunaux”, rappelle-t-il. Le Mouvement démocratique et social et le Parti socialiste des travailleurs, deux formations ancrées dans les milieux de gauche et proches des réseaux associatifs de défense des libertés, avaient alors vu leurs responsables poursuivis sans que les couloirs de l'Assemblée populaire nationale ne s'en émeuvent. “La classe politique s'est tue. Aucun parti n'a dénoncé”, tranche Rahmoune, sans chercher à nuancer.
Il déroule ensuite une litanie d'exemples qui ont en commun cette même absence de réaction. La mise en cause du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l'éducation (CNAPESTE), syndicat enseignant parmi les plus implantés du pays, avait produit ses dizaines de militants poursuivis dans l'indifférence des appareils partisans. La dissolution de la LADDH elle-même, dont il assumait alors la vice-présidence avant d'en coordonner le collectif de survie, n'avait provoqué aucune prise de position publique de leur part. Le Rassemblement Action Jeunesse, dissous à son tour, avait connu le même sort dans le même silence.
Rahmoune cite aussi ces Algériens frappés à leur retour sur le sol national par des mesures dites DTNS, qui les immobilisent sans décision judiciaire rendue publique, avant d'évoquer le cas de Nassera Dutour. La présidente de SOS Disparus, qui documente depuis trente ans les disparitions forcées de la décennie noire, se trouve “interdite de rentrer chez elle en Algérie”. “Les partis politiques se sont tus”, répète Rahmoune, avec une régularité qui tient moins de la rhétorique que du bilan comptable.
Le retournement qu'il opère ensuite est au cœur de son intervention. “Qui va être solidaire avec les partis politiques ? Qui va être solidaire avec ceux qui sont frappés aussi de dérives autoritaires comme celle qu'on est en train de vivre aujourd'hui ?” La solidarité, dans cette lecture, ne se décrète pas au moment où l'on en a besoin ; elle se construit dans la durée ou elle n'existe pas.
Sur le fond de l'article 200, qui autorise l'administration à écarter des candidats aux législatives en dehors de tout contrôle juridictionnel préalable, Rahmoune est sans détour. “Ce n'est pas à l'administration d'imposer au peuple ses représentants. C'est les représentants qui doivent être élus par le peuple à l'Assemblée nationale”. Confier à des fonctionnaires la validation des candidatures revient, selon lui, à “pervertir le mandat populaire” et à vider le suffrage de toute substance réelle.
“Quand un régime dissout les instances de médiation sociale, quand il interdit à un citoyen l'exercice de la citoyenneté”, poursuit-il sans achever sa phrase, le diagnostic restant en suspens, comme s'il jugeait la démonstration superflue pour quiconque a suivi la vie publique algérienne depuis dix ans.
La LADDH, dissoute par décision du tribunal administratif d'Alger en septembre 2022, n'a toujours pas recouvré son existence légale.
Amine B.



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