À Paris, les familles de disparus en Algérie interpellent le ministre de l’Intérieur : “Trente ans après, nous attendons toujours la vérité”
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À l’occasion de la visite officielle à Paris du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, le Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie (CFDA) a rendu publique une lettre ouverte dénonçant la persistance du déni d’État autour des disparitions forcées des années 1990 et les entraves croissantes visant les défenseurs des droits humains.
Les familles de disparus rappellent que des milliers de citoyens algériens ont disparu durant la décennie noire et que leurs proches vivent encore aujourd’hui dans l’attente, le silence et la souffrance, privés de leur droit fondamental à la vérité et à la justice. Elles soulignent que plusieurs instances internationales, dont le Comité des droits de l’homme de l’ONU, le Comité contre la torture et le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées, ont rappelé à l’Algérie son obligation de mener des enquêtes effectives, de garantir un recours judiciaire et de reconnaître le droit des familles à connaître le sort des disparus.
La publication de cette lettre intervient dans un contexte marqué par une intensification des pressions contre les acteurs engagés sur cette question. Le CFDA dénonce notamment l’expulsion, le 30 juillet 2026, de Nassera Dutour, présidente de SOS Disparus, empêchée de rentrer dans son propre pays en violation de la Constitution algérienne et des conventions internationales ratifiées par l’Algérie. Le collectif condamne également la fermeture des locaux de SOS Disparus, placés sous scellés le 16 mars 2026, sans respect des procédures légales qui imposent une mise en demeure préalable et le respect du contradictoire.
Les familles pointent aussi les articles 45 et 46 de l’ordonnance 06‑01, issue de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui criminalisent la dénonciation des violations commises durant la décennie noire et consacrent l’impunité. Selon elles, ces dispositions constituent des obstacles majeurs à l’exercice du droit à la vérité et à la justice.
Dans leur lettre, les familles affirment ne rechercher ni vengeance ni revanche. Elles demandent la vérité sur le sort des disparus, la fin du harcèlement visant militants et défenseurs des droits humains, ainsi que l’ouverture d’un dialogue sérieux avec la société civile algérienne.
Leur prise de parole publique, à l’occasion d’une visite officielle, vise à rompre le silence et à rappeler que la question des disparus demeure un enjeu central de justice, de mémoire et de dignité en Algérie.
L’intégralité de la lettre ouverte adressée au ministre algérien de l’Intérieur est jointe ci‑dessous.
Yacine M